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Suicide Squad est d’un point de vue marketing, une éclatante réussite. Le film va sans doute exploser pas mal de records et se faire une jolie place dans les charts de fin d’année. Au prix d’un repositionnement promotionnel plus pop, punk et cool et d’un matraquage publicitaire d’une intensité peu commune, Warner aura finalement réussi à séduire les moins enthousiastes, dont je faisais partie. Et qui peuvent légitimement avoir l’impression de s’être bien fait avoir, pour parler poliment. Car Suicide Squad est un gros ratage.
David Ayer, le réalisateur, semble avoir en permanence le cul entre deux-chaises, tiraillé entre la noirceur historique de l’univers DC Comics et le fun qui a alimenté la dernière année de promo (étrangement immédiatement après le succès de Deadpool). Cette schizophrénie débouche sur un manque de cohérence patent et le sentiment d’une improvisation permanente. La mise en scène n’a aucun style, ou plutôt a tellement de styles qu’elle ne veut plus rien dire ni ne sait où aller.
C’est surprenant quand on connaît la rigueur et l’exigence de Ayer, qui dans End of Watch ou Fury par exemple, faisait preuve d’un réalisme froid et violent, installant progressivement une tension presque irrespirable autour de personnages denses et en constante interaction. On était donc en droit d’attendre un thriller urbain ancré dans une certaine réalité (même dans un monde de super-héros), un peu à l’image des séries Netflix de Marvel, le pendant sombre et cynique des Avengers. On rêvait alors d’une réflexion sur les mécanismes du mal (le Joker pervertissant Harleen Quinzel est un sujet en or totalement bâclé) ou les affres de la rédemption. Sans doute était-ce l’objectif premier de Suicide Squad, mais on ne peut que constater qu’il se prend constamment les pieds dans le tapis…
La faute à un scenario décousu et sans consistance, qui se contente d’enchaîner les scènes sans réel fil conducteur. Dès le départ, on se demande ce qu’on veut nous raconter. Amanda Waller (Viola Davis, irréprochable), tente de justifier la création de la fameuse escouade lors d’une longue tirade agrémentée de flash-back racontant brièvement l’enrôlement de chacun des bad guy (enfin les principaux),et ce de manière assez anarchique. On y comprend pas grand-chose, si ce n’est qu’une grande menace pèse sur notre monde, mais c’est l’occasion de faire tourner le juke-box, chaque vignette ayant-droit à son tube pop-rock, sans réelle cohérence. Quel gâchis de voir la manière dont les pistes de la bande originale, toutes géniales, sont sacrifiées sur l’autel d’un montage à la hachette…
On espère accéder à un peu plus de matière lorsque l’équipe est constituée, mais ça ne prend toujours pas. Avoir une histoire qui se tient semble être le cadet des soucis des scénaristes. La légèreté avec laquelle sont traités les personnages et la façon dont ils interagissent entre eux amenuisent considérablement la crédibilité du petit groupe. On tombe même vite dans une certaine niaiserie et en sentimentalisme hors de propos, un comble pour un film sur des vilains (qui ne sont, vous l’aurez compris, pas si méchant).
Personnages survolés et aseptisés, pauvreté des dialogues, humour quasi inexistant et téléphoné (le running gag « hello guys, lets go » de Harley Quinn est lassant au bout d’un moment), Suicide Squad n’assume pas l’irrévérence affichée lors de la sa campagne marketing, et ce n’est pas ce final granguignolesque illisible, aux CGI complétement fauchés qui sauvera le film.
Autre déception, plus attendue celle-là, l’incarnation assez quelconque du Joker par Jared Leto, sorte de caïd mafieux bling bling aux allures de petit garçon capricieux, plus ridicule qu’effrayant (tout ça pour ça, serait-on tentés de dire lorsqu’on lit dans quel état il s’est mis pour préparer le rôle).
Après l’opprobre général jeté sur Batman v Superman, c’est peu dire que Warner et DC Comics misaient gros sur Suicide Squad. Si le studio devrait largement rentrer dans ses frais au niveau financier, on se demande comment il va gérer son univers partagé après un deuxième échec artistique. Si Flash et surtout Wonder Woman intriguent et suscitent encore un vif intérêt, Suicide Squad refrène sérieusement notre envie de recroiser ses protagonistes, en particulier ce Joker là…
David Ayer s’en est pris à Marvel lors de l’avant-première de son film. Il aurait peut-être mieux fait de s’abstenir. Car on peut reprocher beaucoup de chose à Marvel, mais pas de ne pas savoir où ils vont, donnant à chacun de leurs films, réussis ou pas, une teinte particulière et un ton qui lui est propre (Avengers mis à part).
On est en droit en revanche de douter de la ligne directrice de Warner pour son DCverse après ce nouveau plantage…

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