La bien nommée

Avis sur Suicide Squad

Avatar BlindMown
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Que dire d'une oeuvre qui ne parvient ni à respecter son matériau d'origine, ni à tirer quoi que ce soit de son "originalité" ?

Suicide Squad, c'est l'histoire d'une idée fumeuse, de Will Smith qui essaie encore de nous rappeler à quel point c'est un bon papa, et un manuel explicatif de comment se mettre à dos à la fois les fans d'une franchise et les cinéphiles, d'un coup d'un seul.

Le projet bancal, c'est celui d'assembler une équipe de repris de justice pour lutter contre les "méta-humains". Superman a montré à tous qu'il existait des menaces extra-terrestres d'ampleur planétaire, et il convient donc de créer une contre-mesure. Pour ce faire, qui de mieux qu'une psychopathe sans aucun superpouvoir, un voleur se battant avec un boomerang, un homme-crocodile, une ninja, un sniper et un pyromane dépressif ? Dans un monde où la Justice League (pour mémoire : Batman, Flash, Superman, Wonder Woman...) existe, une telle équipe fera certainement trembler dans leurs méta-bottes quiconque serait assez fou pour s'en prendre à l'humanité. Tremblez, conquérants galactiques et autres tyrans surnaturels !

Et quoi de mieux pour la toute première mission de ces chers anti-héros (lire : "bras cassés") que de les envoyer affronter une sorcière millénaire menaçant de, attention à l'overdose d'originalité, prendre le contrôle du monde ! Un rapport de force cocassement défavorable qui ne sera sauvé que par un "rebondissement" à la prévisibilité d'une montre suisse.

Voila pour l'aspect boiteux du scénario. Concernant Will Smith, cela se résume à un fait : ce film se base pour moitié sur l'histoire de Deadshot voulant retrouver sa fille. Les autres personnages ont droit à un traitement superficiel, à part éventuellement El Diablo dont le pitch personnel sert à amener le rebond évoqué au paragraphe précédent, et oscillent donc entre le plat et le caricatural.

Parlant de caricature, c'est le moment d'aborder le troisième point de cette critique. Il peut être étendu à tout le film, mais s'illustre notamment par un nom, un personnage dont on constate rapidement que la bande-annonce nous en a déjà tout montré : le Joker.

Quand on joue un rôle pour lequel les références sont Jack Nicholson et Heath Ledger, on peut s'attendre à ne pas tout de suite obtenir une place d'honneur sur le podium des interprètes mémorables. Mais quand c'est le personnage lui-même qui semble avoir oublié pourquoi les gens l'aiment, développé un complexe du bling-bling et un charisme de plante en pot (avec des dents en or), il fallait s'attendre à ce que ça râle dans les chaumières. Voire déjà dans les salles de cinéma.

Le Joker de Suicide Squad laisse en effet totalement tomber ses modèles. Exit le farceur dangereux de Nochilson, exit le psychopathe imprévisible de Ledger, voici à présent le... boss mafieux tatoué et maquillé de Jared Leto ? Oh, et pour ceux qui attendaient une quelconque profondeur dans la relation avec le personnage d'Harley Quinn (vous savez, le syndrome de Stockholm de la psy rendue dingue par son patient encore plus dingue, tout ça...), laissez tomber, on a vu des romans de jeunesse plus philosophiques que le plot sentimental de ce film.

En conclusion, la bien nommé Suicide Squad est partie au box office en emmenant dans son paquetage un scénario intrinsèquement bancal et conventionnel, des personnages agaçants par leur inutilité, et une série de gestes obscènes à l'intention des fans du comics qui lui a servi de base. Et ça, c'est sans même parler du montage.
A l'heure de la dématérialisation, on ne peut même plus se réjouir d'avoir la pochette du DVD comme cale-porte.

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