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Summertime par micktaylor78

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Projet né de la découverte par son auteur d’un groupe de jeunes artistes de Los Angeles écrivant leurs propres poèmes, ces derniers verbalisant selon lui des questions qui lui trottaient dans la tête, et ce avec une éloquence rare, il a immédiatement vu la possibilité de créer de la fiction à partir de ces poèmes et a donc rencontré le responsable de la structure les accueillant afin de discuter d’une collaboration. Présenté au festival de Sundance début 2020, le film nous arrive aujourd’hui, certes avec le retard du à la situation que l’on sait, mais le principal est bien que le public puisse le découvrir. Et force est de constater qu’en dépit de maladresses parfois dommageables, le résultat aura de quoi séduire un public diversifié de par la multitude de thématiques abordées avec une évidente sincérité par son réalisateur, dont le premier long-métrage « Blindspotting » avait déjà été remarqué il y a trois ans.

Tourné durant l’été 2019 à Los Angeles donc, le récit s’attachera à plusieurs personnages vivotant dans cette ville multiculturelle, aussi énergique que décourageante, ayant tous leurs aspérités et névroses, cherchant comme tout un chacun à se faire une place dans une société parfois impitoyable avec les esprits libres. Construit dans un premier temps selon une logique de poupées russes, une histoire en entraînant une autre, on pense un peu au « Slacker » de Richard Linklater, même si ce dernier tenait ce principe jusqu’au bout alors que dans le film présent, on se situe plus dans une logique de film choral où les protagonistes traversant dans un premier temps leur propre histoire dans leur coin, seront amenés à se rencontrer dans un lieu symbolique où ils pourront, peut-être, trouver l’apaisement et une forme d’espoir. Mais avant d’en arriver là, ce sera l’occasion pour le jeune cinéaste de traiter de tout un tas de problématiques contemporaines, chaque personnage trimballant avec lui un passif ou une personnalité entraînant un propos se voulant clairement à forte charge évocatrice.

Et soyons honnêtes, c’est un peu là que le bât blesse, car en dépit de toute la bonne volonté du monde et de la profonde sympathie qu’inspire le projet dans son ensemble, on peut également être un peu gêné devant l’aspect catalogue de l’ensemble, certaines situations semblant clairement là pour s’inscrire dans les débats d’aujourd’hui et faire preuve d’un esprit de tolérance dont on finit par se poser la question de la pertinence, à force d’être rabâché à longueur de fictions, quel que soit le medium. Certes, on pourra toujours se raccrocher à quelque chose, le petit microcosme mis en scène ici respirant la jeunesse et l’utopie, et on ne mettra jamais en cause la bonne volonté du cinéaste visiblement tout sauf cynique. Mais passé un début dont l’énergie communicative et l’humour ravageur ont de quoi galvaniser, le reste s’avèrera un poil plus inégal, de par une tonalité générale oscillant en permanence entre la fantaisie pas loin du principe de la comédie musicale et une envie de créer du débat en usant d’un ton moralisateur.

Et justement, en parlant de comédie musicale, les poèmes écrits par les jeunes protagonistes ont clairement pour effet de créer une échappée soudaine dans le récit, une rupture où ces derniers peuvent exprimer tout ce qu’ils ont sur le cœur, jolie idée sur le papier, mais un peu fragile à l’écran, dans le sens où dans la plupart des cas, ces instants ne sont pas des échappées mentales comme il devrait être de coutume, fissure dans le récit avant que ce dernier ne retourne à la réalité, mais interviennent justement dans cette réalité, les figurants autour (passants, passagers de bus …) réagissant à la suite comme si cela était normal. On pense notamment à cette scène de bus rejoignant l’idée évoquée plus haut, à savoir d’un discours certes inattaquable en soi, mais paraissant trop conscient par rapport aux débats actuels, et semblant honnêtement d’une naïveté confondante, dans la réaction des gens autour. Une scène qui aurait du être assumée de manière plus franche comme moment d’égarement dans l’inconscient de son personnage, au lieu de tomber dans un prêchi prêcha distribuant bons et mauvais points de manière un poil agaçante. Heureusement, tout n’est pas de cet acabit et il y aura toujours matière à sourire ou à être touché par la suite.
Film de son époque, sans doute trop au fait des préoccupations allant avec, et semblant parfois tâtonner pour être certain de ne heurter personne, le résultat n’en est pas moins attachant et plutôt singulier dans son exécution, confirmant après le néanmoins plus percutant premier long de son auteur, un tempérament artistique porteur de vraies envies de cinéma, qui devra sans doute apprendre à s’affranchir de prétendues attentes du public visé à l’avenir, pour trouver pleinement sa propre voie. Mais dans le contexte actuel, où l’art semble si malmené et l’avenir de ce dernier si incertain, on ne saurait trop contester un film certes inégal et pas aussi exaltant qu’on l’aurait voulu, mais quoi qu’il en soit, suffisamment honnête dans sa démarche pour être pris pour ce qu’il est, un joli manifeste pour plus d’humanité et de singularité dans notre vie de tous les jours.

Et si l’on tient à voir plus loin, on peut aussi y voir l’instantané inconscient d’un monde sur le point de basculer, le film ayant été tourné comme dit plus haut, durant l’été 2019, donc dans les derniers instants du monde d’avant. Certes, cela n’était pas pensé comme tel, mais le cinéma étant aussi fait de ces imprévus, de cette capacité à savoir radiographier un monde à un instant précis, le voir débarquer aujourd’hui, alors que l’on peine à voir le bout du tunnel, a quelque chose de troublant, dans cette impression de liberté de mouvements totale de ses protagonistes, en dépit de leurs fragilités psychologiques. Peut-être que c’est sous cet angle, dans la chronique simple de la journée type de plusieurs personnages dans une ville dont l’éclectisme et la vivacité sont les caractéristiques les plus évidentes, que le film s’avèrera le plus pertinent.

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