Longue chute vers Netflix

Avis sur Summertime

Avatar Ayssel
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Summertime raconte la vie d'un certain nombre de personnages le temps d'un été à Los Angeles.
Dans l'idée ça paraissait intéressant, dans la bande-annonce, original ; mais dans les faits, c'est beaucoup trop lacunaire, manqué, et parfois même grossier.

D'abord, le film n'arrive pas à se fixer sur un objectif, ou du moins une identité, précis : ode à la ville de L.A. ? Chronique/aventure d'été ? Un documentaire ? En tout cas, les indices vont dans tous les sens et ne convergent jamais : ça ne mène nulle part concrètement.
Par exemple, la photographie au début se donne un style assez « rudimentaire » (dans le grain, dans son caractère expérimental ; couplée à la réalisation caméra-épaule, dynamique...).
On peut alors se poser la question : « Est-ce qu'on a pas affaire à un film documentaire ? »
Mais on peut aussi se demander si on a pas affaire à un film d'art et d'essai par la poésie qui découle de ce type de photographie et réalisation.

Encore là, ça va, les alternatives sont positives.
Mais en avançant dans le film, on multiplie les procédés de mise en scène, de scénario, de réalisation grossiers ; qui font que le film se casse la gueule sur lui-même, sur les bonnes bases qu'il avait posées (malgré bien sûr, on notera, quelques points noirs : les discours poétiques niais de l'introduction suivis de la chanson...)

En effet, d'abord les monologues revendicatifs niais, bobo, ou comico-exacerbés en viennent à prendre le dessus sur la mise en scène qui se veut originale, des discours eux-mêmes (chant, chorégraphie, théâtre). Finalement, ça ne procure plus aucune émotion. C'est dommage.

Ensuite, la réalisation, qui avait au début de bonnes idées, finit par s'essoufler, et se faire ponctuelle dans l'originalité : elle ne sait pas se renouveler. A la place même, elle tombe dans le topos de la réalisation Netflix bien fluide, lisse, discrète, au service du contenu.

Mais parlons-en de ce contenu justement. Il tombe tout simplement dans la niaiserie, le romantisme exacerbé.
A la fin, après mult errances dans la ville de la caméra à la rencontre d'une série de personnages caricaturaux alternant « bons » (ceux de l'affiche), « méchants » (des quasi-figurants) et « idiots du village » (par ex. les bobos là juste pour le comique du film) ; on rassemble tous les protagonistes qui n'ont rien en commun si ce n'est d'être seuls à un instant T et d'être des « gentils » dans une limousine pour une soirée qui s'annonce d'enfer (non, on ressent le malaise de cette horde d'inconnus qu'on tend à faussement montrer unis).
Là s'en suit une nouvelle série de discours pathétiques, d'actions pathétiques et inutiles. Tout cela je le rappelle, entre des personnages qui n'ont rien en commun, qui n'échangent rien (ils ne sont jamais montrés tous ensemble dans le même plan dans la limousine), si ce n'est de pauvres banalités.

Pour finir sur une note d'humour : on frôle le risible, le ridicule, l'absurde, avec ce chauffeur qui discourt à la fin comme s'il était à égalité avec les protagonistes alors qu'il se fait méchamment esclavager par le groupe de fêtards juste avant : « chauffeur, amène-moi ici, là, là-bas ».

Je mets un cinq coup de coeur parce que le début promettait, et que je pense que ça vaut le détour de voir le film en tant que sujet d'analyse.

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