La longue marche

Avis sur Sun, Moon and Star (Part 2)

Avatar Palplathune
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Tourné en même temps que le premier volet, Sun, Moon And Star (Part2) commence exactement là où ce dernier s'arrêtait. On retrouve donc Jianbai, Ah Nan et leurs amis entraînés dans la spirale de la guerre suite à l'offensive Japonaise contre la Chine. Ce contexte nouveau permet à cette seconde partie de vraiment prendre son envol, corrigeant au passage certains défauts du premier chapitre.

On s'en souvient, le gros point noir dont souffrait Sun, Moon And Star (Part 1) était le personnage de Jianbai, fade et mal caractérisé. Evidemment, cette seconde partie ne le réinvente pas intégralement et Zhang Yang demeure un acteur au charisme bien faiblard pour l'incarner. Heureusement, le personnage gagne en crédibilité avec des sentiments (enfin !) un peu plus solides. Certes, on le sent toujours attiré par Ah Lan et Qiuming mais il s'est finalement décidé et est manifestement amoureux de Ah Nan avec le plus de force (pour l'anecdote, les deux acteurs se marieront la même année que le film). Cette prise en main du personnage ainsi que les nombreux obstacles qu'il rencontre à la recherche de sa bien aimée le rendent largement plus attachant qu'avant.

Mais c'est surtout l'arrivée de la guerre et le travail, ingrat, de présentation des personnages effectué dans Sun, Moon And Star (Part 1) qui permet à Sun, Moon And Star (Part2) de prendre son essor. Finie la structure pataude du « à chaque personnage personnages ses 30 minutes », le récit adopte une tournure beaucoup plus complexe et intéressante. On abandonne le recours à un personnage référent pour une narration se nourrissant des événements guerriers où s'entrecroisent les divers personnages principaux avec lesquels nous sommes maintenant familiers. L'ensemble gagne en intensité et en dynamisme, sans oublier le fait de mettre le faible Jianbai un peu en retrait. Les actrices, elles, s'en donnent à cœur joie, explorant encore davantage la personnalité de leurs personnages respectifs. Julie Yeh est celle qui tire le mieux son épingle du jeu. Son Ah Nan trouve dans la guerre un véritable sens à sa vie et elle s'y lance avec ferveur. Mais ses idéaux patriotiques seront mis à rude épreuve face aux réalités du champ de bataille. Un beau personnage, dramatique et touchant, que la jolie Julie interprète avec une conviction sans failles. Qiuming et Ah Lan ne déméritent également pas. Chacune participe à son niveau à la lutte contre l'envahisseur (excellente séquence du spectacle pour les soldats avec une Grace Chang rayonnante) et se voient offrir l'opportunité de dévoiler leurs sentiments les plus forts. Bien sûr, le star system reste surpuissant et, que ce soit dans les rires ou dans les larmes, les trois actrices sont toujours impeccablement mises en valeur à coups de gros plans flatteurs et de coiffures/maquillages impeccables (seule petite exception pour Lucilla Yu en fin de métrage). Une petite touche de glamour loin d'être désagréable !

Le contexte guerrier bénéficie incontestablement aux personnages et au scénario dans son ensemble. Mais il mérite qu'on s'y attarde plus spécifiquement afin de déceler d'autres caractéristiques des studios Cathay voire de la production Hong Kongaise en mandarin des années 60.
Toujours dans une posture féministe comme la compagnie de Loke Tat Wah les affectionne, Sun, Moon And Star (Part2) met les femmes dans toutes les situations liées à la guerre. La posture traditionnelle de soutien des troupes (Qiuming divertissant les troupes par ses spectacles et Ah Lan jouant les infirmières dévouées) est la plus représentée mais on trouve aussi une vision plus active à travers le personnage d'Ah Nan qui, elle, participe directement aux combats. Voila qui nous change des représentations souvent passives des femmes (épouses/amoureuses attendant le retour de leur homme) lors de conflits armés dans les films de l'époque.
Ceci étant, Evan Yang montre ses limites dans la mise en scène des batailles. Malgré le gros budget débloqué par le studio, le recours à une importante figuration (jolis plans de l'armée en marche) et à des extérieurs à Taiwan, ces séquences respirent l'artificialité en raison de l'absence totale des adversaires devant la caméra. Ainsi, quand un bombardement a lieu, on a juste droit à un bruitage d'avion, des plans sur les visages apeurés et quelques explosions. Les batailles proprement dites sont toutes sur ce schéma, on voit les vaillantes troupes Chinoises tirer ou se protéger face à un ennemi invisible, seulement incarné par quelques explosions éparses. Dur de crédibiliser une guerre de cette façon. Paradoxalement, la vision qui nous est donné de l'arrière est beaucoup plus réaliste, que ce soit l'hôpital de campagne avec ses blessés en nombre où la ville peuplée de soldats en cantonnement. On ne s'en étonnera pas vraiment. La Cathay a toujours une approche un peu « bourgeoise », classe moyenne, de ses sujets. Quand elle montre la guerre, elle est plus à l'aise dans la description des conséquences urbaines de celle-ci à travers l'organisation de la vie civile davantage que dans le feu de l'action. Cela a le mérite d'être cohérent par rapport au style du studio.
Dernier point intéressant à relever, l'abandon de tout message politique. Pourtant, la période décrite était riche en affrontements politisés avec l'opposition Nationalistes/Maoïstes. Pas de ça ici ! Même si la majorité des studios en activité à Hong Kong étaient « de droite », ils évitaient soigneusement toute référence politique risquant la polémique. En cela, la Cathay ne fait aucunement exception. Dans Sun, Moon And Star (Part2), on préfère avoir recours au plus petit dénominateur commun pour fédérer les foules : La patriotisme. Une valeur partagée par les deux camps et incarnée à des degrés divers (Ah Nan est manifestement en pointe) par tous les personnages du film. Un bon moyen d'obtenir l'unanimité du public Chinois où qu'il se trouve et quelque soit ses opinions politiques. Suivre le sens du vent, éviter les positions politiques trop tranchées, voila les ingrédients avec lesquels doit composer un bon businessman. Loke Tak Wah, tout comme les frères Shaw, l'avait bien compris.

Pris comme un tout, Sun, Moon and Star est une superproduction ambitieuse et attachante. Dommage tout de même que le film mette tant de temps pour développer tout son potentiel dramatique.

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