Gamera Final Wars

Avis sur Super Monster Gamera

Avatar Mandrill
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Difficile de noter un tel film.

Objectivement, c'est nul. Mais vraiment nul. Ce huitième film de "Gamera", destiné à renflouer un studio fauché pour pas cher, compile pour l'essentiel des scènes de combat des six films précédents (le tout premier film - le seul tourné en noir et blanc - est épargné) en les liant par une intrigue débile au possible mettant en scène des super-héroïnes qui ne peuvent utiliser leurs super-pouvoirs d'extraterrestres sous peine d'être repérées et dégommées par un croiseur ennemi depuis l'espace. Ah ben c'est con, ça. Elles ne se transforment donc que pour revenir à leur forme humaine aussitôt. Super ! Leurs actions sont donc limitées à quelques chorégraphies en tenue moulante (bah oui, c'est pas vraiment par féminisme qu'on met en scène des super-héroïnes, ici ^^ ), un ou deux vols (très brefs) et une petite bagarre avec leur antagoniste qui est probablement le seul personnage un peu attachant, même si son destin est ultra prévisible si on est familier des codes de ce genre de fiction japonaise. On atteint le summum de l'inutilité quand au bout du compte elles ne suivent plus l'action que depuis leur salon sur une télévision futuriste ; un vidéo projecteur, quoi. Ah, et il y a un gosse insupportable. Mais comme dans tous les films de la série, ai-je envie d'ajouter.

Cette accumulation gratuite de combats de monstres repris des films précédents est cependant assez ludique et permet de se rendre compte de l'évolution de la série d'un point de vue visuel. L'imagerie kitch et colorée des extraits des films les plus tardifs (notamment "Gamera vs Guiron", qui se déroule sur une planète lointaine) contraste grandement avec celle des plus anciens ("Gamera vs Barugon" et "Gamera vs Gyaos") à l'atmosphère plus grave et apocalyptique, où l’apparence de Gamera est plus menaçante et les destructions plus spectaculaires. Il faut également relever que ces scènes de combat entre monstres étant remontées et abrégées pour coller au scénario, elles y gagnent en rythme et sont parfois meilleures que les originales. C'est en tout cas flagrant vis-à-vis du soporifique "Gamera vs Zigra". Autre apport notable du film, une chouette bande son composée par l'immense Shunsuke Kikuchi (les BO de "Goldorak", "Albator 84", "Dragon Ball", pour les plus connues chez nous, c'est lui) qui officiait déjà sur les trois films précédents. Mais les musiques sont nouvelles cette fois, même sur les séquences qu'il avait déjà mis en musique, et donnent un souffle épique nouveau à ces duels de kaijus.

Qu'obtient-on, au final ? Sur le papier, un pur produit mercantile reprenant sans vergogne des séquences déjà vues, en ajoutant des nouvelles plagiant sans sourciller des succès américains ("Star Wars" et "Superman"), citant gratuitement des animés de l'époque (scènes qui n'apportent absolument rien à l'intrigue, à part pour faire un peu plus "SF") et nous privant même du climax final,

l'attaque finale de Gamera sur le croiseur alien, et son sacrifice ultime, se faisant hors champ ! Sérieux.

Une pellicule a priori indéfendable, donc, en particulier si on a vu tous les épisodes de la franchise. Pire, si on l'aborde en pensant voir un film clôturant avec générosité la saga en réunissant tous ses monstres dans une même histoire, si on s'imagine qu'on va revoir Barugon, Jiger et les autres dans des combats inédits contre Gamera et, pourquoi pas, se combattant entre eux (ça n'est arrivé qu'une fois : Guiron affrontant un Gyaos dans le cinquième film) la frustration n'en sera que plus grande.

Mais.
Oui, mais.
Fort heureusement, une autre approche est possible. En particulier pour ceux qui auraient entendu parler de Gamera et voudraient y goûter mais qui n'ont pas envie de se fader l'intégralité des huit films de l'ère Showa, ce "Super Monster Gamera" (appelé "Gamerak" en France, sans doute pour surfer sur la mode de Goldorak) s'avère finalement un formidable "digest movie" pour découvrir le bestiaire totalement siphoné des ennemis de la tortue atomique amie des enfants (what?) et, pour peu qu'on ai l'esprit nanardeux, on se bidonnera facilement devant les séquences super-héroïques kitschs et systématiquement avortées qui tiennent limite du running gag involontaire, devant les plagiats scandaleux des vaisseaux de "Star Wars" et devant un best of des séquences les plus WTF des combats titanesques de la saga à savoir :

Gamera secouant Jiger par la queue comme dans un Tex Avery
Gamera jouant du xylophone sur les ailerons de Zigra
Gamera combattant Guiron en faisant de la barre fixe
Oui, tout ça dans un même film !

Pour tout amateur de série Z, n'est-ce pas là un programme des plus réjouissants ?

"Super Monster Gamera" est donc à la fois le plus mauvais film de la franchise, grandement incohérent, au scénario stupide et ne proposant que très très peu de séquences inédites de la créature Gamera, un pathétique chant du cygne pour une franchise qui avait son charme au départ mais déclinait déjà pas mal dans les deux films précédents (note : 2) mais aussi un hilarant nanar de premier ordre, surtout si on veut ne voir qu'un seul film vintage de la tortue volante aux quadriréacteurs tournoyants, proposant de surcroît une belle collection de kaijus aux tronches pas possibles (note : 8)

Je ferai donc une moyenne en lui mettant la note de 5.

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