Tout Était Clair du But à la Manière

Avis sur Suprêmes

Avatar Freddy K
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Suprêmes revient sur la génèse du groupe NTM et par extension de l'avènement du rap en France à la toute fin des années 80. Le film de Audrey Estrougo s'intéresse donc à la trajectoire fulgurante de Didier Morville et Bruno Lopès avant même qu'ils ne deviennent JoeyStarr et Kool Shen dressant en arrière plan le portrait de la poudrière des banlieues et n'en déplaise à monsieur Z l'avènement de toute le culture hip-hop en France dont les deux lascars restent tout de même les emblématiques pères fondateurs.

Retour donc au début des années 90 lorsque deux jeunes de Saine Saint Denis se lancent le défi de se présenter sur scène lors d'un concert de rap. Le besoin d'expression d'une colère et de sentiments plus personnels, la perspective de vivre d'une passion, le besoin de reconnaissance, l'ivresse et l'arrogance de la jeunesse transformeront vite ce défi en une aventure hors du commun faisant de trois simples lettres l'emblématique référence du rap NTM.

Avec fièvre et énergie le film de Audrey Estrougo va donc suivre la naissance du groupe NTM en privilégiant surtout la piste de son charismatique et sulfureux représentant Didier Morville A.K.A. JoeyStarr. Si Suprêmes prend la forme d'un très bon biopic concernant l'ascension du groupe c'est de toute évidence vers la personnalité de JoeyStarr que penche le plus le récit cherchant à décrypter les failles et blessures autodestructrices du jaguar. Ceux qui connaisse le suprême et qui auront lu la biographie de JoeyStarr n'apprendront sans doute pas grand chose , les autres découvriront peut être que sous l'arrogante prestance de l'animal se cache les coups et les meurtrissures d'une enfance battue par un père autoritaire et d'une mère absente. Plus en retrait dans tout ce qui touche la sphère intime le personnage de Kool Shen n'existe quasiment pas à l'écran en dehors de tout ce qui concerne le groupe lui même, ce qui est un peu dommage pour l'équilibre du récit. Il faut saluer la formidable prestation des deux comédiens Théo Christine et Sandor Funtek qui se fondent dans leurs personnages sans chercher l'imitation qui conduit souvent à la caricature et incarnent avec force et crédibilité leurs personnages respectifs, ils sont tout simplement extraordinaires.

Suprêmes est aussi le formidable témoignage de son époque et de tout ce que NTM pouvait inspirer de crainte, d'interrogations et de suspicion de la part de médias qui n'avaient pas compris qu'ils étaient avant tout musiciens, bien avant en tout cas d'être les portes paroles de quoi que ce soi, même si bien sûr leurs textes prophétiques et enragés faisaient écho aux malaises des banlieues. On reprochera un peu tout à NTM de ne pas apporter de solutions, de souffler sur les braises mais ceux qui ne faisaient "pas partis de la solution mais plutôt du problème" voulaient surtout faire de la musique en restant authentiques et fidèles à leurs valeurs dont celle qui faisait qu'à l'envers NTM signifiait Aime Tes Haines (et tes colères). Suprêmes survole donc les premières années du groupe, des premiers concerts qui tournent assez systématiquement en bagarre, de la presque signature chez Polydor qui veulent leur coller un parolier, des enregistrements chaotiques et bordéliques en studio, des tournées en forme de colonie de vacances de sales gosses, des engueulades et des réconciliations, de la lente maturation vers le professionnalisme, des tempêtes médiatiques jusqu'au Zénith de 1992, le film de Audrey Estrougo avance droit devant et adopte la même énergie fiévreuse que le groupe sur scène.

Le film est souvent drôle grâce aux punchlines et à la répartie de JoeyStarr ( "Iam c'est les marseillais avec des noms de pyramides") , parfois touchants dans les rapports conflictuels que Didier entretient avec son père dont il crève de ne pas avoir la reconnaissance et surtout galvanisant de toute la force et la puissance des morceaux de NTM. Même si j'aurai aimé que le film accorde plus d'importance aux processus créatifs et à la manière dont les deux lascars faisaient leurs morceaux, il est difficile de résister à l'impact du film d'autant plus si comme moi vous êtes fan du groupe et de son histoire. Sincères et authentiques tout NTM se retrouve déjà souvent au fil de leurs différents titres comme dans Tout n'est pas si Facile de 1995 qui illustre merveilleusement l'ambiance globale du film :
" 1983, il y a plus de dix ans déjà / Le Hip Hop en France faisait ses premiers pas / Il n'y avait pas de règle, pas de loi / Non surtout pas de contrat / Pas de problèmes entre toi et moi / Tout était clair, du but à la manière / Dont tout devait se faire, naïf, novice, mais tellement fier / D'évoluer dans un système parallèle / Où les valeurs de base étaient pêle-mêle / Peace, Unity, Love and Having Fun / Le Hip Hop n'a jamais eu besoin de gun / Ni de gang, de toys ni de bande / Mais plutôt de la foi de ce qui en défendent"

Même si il reste perfectible Suprêmes est une belle réussite de la part de Audrey Estrougo et si certains chieront bien volontiers sur la naissance de cette culture hip-hop/banlieue qu'ils aillent gentiment se faire cuire le cul comme dirait JoeyStarr.

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