Au crépuscule de l'existence

Avis sur Sur le chemin de la rédemption

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Dans une petite ville des Etats-Unis, une église, presque vide. un révérend dans la routine, un hiver bien entamé. Tout semble statique, comme si le temps s’était arrêté. Une paix apparente, douce, mais qui s’apparente davantage à un silence de mort. Dans ce décor morne, un homme va s’aventurer sur le chemin de la rédemption.

Le dernier film de Paul Schrader (scénariste de Taxi Driver et Raging Bull, réalisateur de Hardcore et d’American Gigolo) n’aura pas été diffusé dans nos salles, et c’est bien dommage. Car Sur le chemin de la rédemption dispose de nombreux atouts, qui font de lui un des films qui valaient le détour en cette année 2018. Il est dans la droite lignée de sa vision du cinéma, c’est à dire un cinéma qui ne nous tire pas à lui, mais qui attend que l’on s’approche de lui pour le cerner et le comprendre. Une vision qu’il tient des cinéastes qui l’ont influencé, comme Ozu, Tarkovski, et Bresson, entre autres. L’empreinte du cinéaste français est d’ailleurs bien visible dans ce film, devant lequel on ne peut s’empêcher de penser à Journal d’un curé de campagne tant les deux personnages se ressemblent dans leur destinée et dans leur questionnement de leur propre foi. A quoi croire à une époque où nous sommes matraqués par le désespoir ? Quelle est la place de la foi à une époque où la technologie nous dépasse sans cesse et où l’argent est la principale source de pouvoir dans le monde ? Des questionnements fondamentaux qui font partie des principales interrogations meublant l’intrigue de Sur le chemin de la rédemption.

Le personnage de l’homme d’église est souvent invoqué pour exposer un certain rapport au monde. Il est celui qui doit avoir les réponses à tout, il est source de conseils, d’espoir, il guide les gens autant qu’il doit être guidé par sa foi. Toller (ici remarquablement interprété par Ethan Hawke) tient ce même rôle. Malgré son lourd passé et la routine, il est à l’écoute, il fait visiter son église aux touristes… Cependant, il est aussi hanté par de nombreuses questions, des questions d’ordre personnel, auxquelles vont bientôt s’ajouter des questions environnementales et sociales, le faisant sortir du cadre de sa propre vie et de son église pour s’interroger sur l’avenir du monde. Sur le chemin de la rédemption parle de nos prises de responsabilités face aux grandes problématiques de notre existence, de nos actions et de notre inaction vis-à-vis d’elles, de notre place dans le monde et notre capacité à croire en l’humanité. Les interrogations laissent place à un discours qui constate, qui pointe du doigt, qui laisse au spectateur le soin d’évaluer les situations.

Ce que montre avant tout Sur le chemin de la rédemption, c’est notre inaction face aux dangers que l’humanité encourt. Cette inaction se manifeste notamment à travers la forme que prend le film. Tourné en format académique (1:37 : 1, un format « carré » ), le film a un côté à la fois enveloppant et aussi fermé, avec beaucoup de plans fixes, laissant les personnages se mouvoir sans que la caméra ne les suive forcément. Le film prend alors un aspect statique, plongeant dans une torpeur crépusculaire qui nourrit le climat de désespoir et de détresse ambiant. Sur le chemin de la rédemption expose cette vision d’un monde selon lequel l’humanité connait les dangers qui la guettent, sans en avoir véritablement conscience. Un homme d’église se réfugie dans l’alcool, on chante des louanges plus qu’on ne cherche à sensibiliser et à transmettre des valeurs, on s’achète une conscience en donnant à une institution religieuse… C’est l’image d’une humanité emprisonnée, où certains mentent, d’autres préfèrent ignorer en se cachant les yeux, et où les derniers tentent de garder une lueur d’espoir.

Crépusculaire, froid, morne, Sur le chemin de la rédemption dépeint un monde au bord de la rupture, à quelques pages de la fin, où la foi n’est plus réservée qu’aux naïfs et aux menteurs. Une fable contemplative qui questionne et remet chacun à sa place, nous compris. Paul Schrader parvient à jouer sur les échelles, faisant monter les questions vers les hommes de pouvoir, et faisant redescendre les conséquences de leurs décisions sur les citoyens. Le cinéaste tente d’alerter et de faire réagir, bien que son constat principal soit que beaucoup de mal a déjà été fait et que c’est avant tout dans la foi envers l’humanité que de l’espoir peut être trouvé. Reprenant une trame similaire à Taxi Driver et à Journal d’un curé de campagne, Sur le chemin de la rédemption est un de ces films passés sous silence cette année, mais qui mérite que vous vous y attardiez.

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