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Avis sur Synecdoche, New York

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Pitch:

Caden Cotard, metteur en scène de théâtre, est en train de monter une nouvelle pièce. Mais travailler pour un public de petits vieux dans un obscur théâtre d'une banlieue de New York, lui fait perdre le sens de sa vie.
Sa femme, Adele, l'a quittée pour suivre une carrière à Berlin emmenant avec elle leur petite fille, Olive.
Sa liaison avec la Hazel, la caissière de sa pièce de théâtre, a tourné aussi elle, court.
Rongé par une maladie qui s'attaque à son système nerveux, et la peur de mourir prématurément, Caden décide de créer une oeuvre d'art d'une intégrité absolue. Il mettra en scène sa vie dans un gigantesque synecdoche humain, vivant.

Charlie Kaufman, n'est pas un illustre inconnu. Il est surtout connu pour être le scénariste d'Eternal Sunshine of Spotless Mind, de Dans la peau de John Malkovich et d'Adaptation notamment.
Pour son premier film au casting assez affolant: Philip Seymour Hoffman, Samantha Morton, Catherine Keener, Michelle Williams, Jennifer Jason Leigh, Emily Watson, Dianne Wiest, Hope Davis, Tom Noonan, Robin Weigert; il part de l'idée de pitcher humainement ce que serait une vie si celle-ci était représentée par des synecdoches.
Synecdoche, ou synedcoque en français?
C'est une métonymie particulière pour laquelle la relation entre le terme donné et le terme évoqué constitue une inclusion ou une dépendance, matérielle ou conceptuelle.
Toujours pas clair? Le film ne l'est pas non plus.

C'est lorsque par exemple, on prend une partie pour le tout et que l'on cherche à élargir son sens: "son vélo a crevé" (pour parler du pneu) ici elle est généralisante. Ou dans un cas plus restrictif: "les voiles naviguaient sur les mers agitées (pour parler du bateau).
Et j'en passe, je vous renvoie aux définitions du web...

Ici donc, Caden n'a d'autre choix que de mettre en propre relation sa vie personnelle pour découvrir et tenter de comprendre où sa vie est partie en l'air, a fautée. À travers cette mise en scène, Caden va faire plus que mettre ses tripes, ses amours, et à quelque part, un peu de la vie de l'humanité en accéléré.
Le style du film que beaucoup ont qualitifé de pessimiste, dépressif, apathique, de temporalité et d'exercice de style complètement tordu, n'est pas tout à fait faussé.
Néanmoins ce n'est qu'une des facettes du film.

Il est également surréaliste, baroque dans sa mise en scène, fou, et à ce titre, Charlie Kaufman a compris comme d'autres réalisateurs avant lui qu'à travers la pellicule on pouvait tout se permettre, quitte à briser le mur de la perception qu'a le spectateur à voir le film.
Car peu à peu que le film s'enfonce dans les méandres de l'esprit d'un Caden qui n'arrive plus à mettre un délai de temps "cela fait 5 ans que ta fille est partie Caden, et non pas 1 semaine", lui dit Hazel, le film prend une tournure qui vire à l'exercice de la mise en abîme perpétuelle.
Caden qui regarde Caden, qui regarde Caden qui regarde l'autre Caden qui a pris les décisions dans la réalité qui ont fait que la pièce de théâtre a changé, qui font que le réalisme surréaliste ira jusqu'à faire que dans le hangar ou la pièce se trouve, un autre hangar se trouve aussi.
Dans les autres trouvailles visuelles il y aurait de quoi citer:
- Une maison perpétuellement en flammes
- Une lettre avec toux incluse
- Des tableaux minuscules que l'on regarde avec la loupe
Et j'en passe...

Une sorte de poupées russes d'exercice de style.
Mais à travers ces mises en scène, Kaufman nous montre le côté éphémère, le côté absurde également, la relative vitesse à laquelle passent nos vies, nos interrogations, sur le rôle d'un artiste, sur le reflet qu'il souhaite proposer au monde, ses alter-egos et sa position par rapport qu'il entretient avec la postérité. Car nous ne sommes finalement que poussière?

Restituer l'essence de la vie c'est un peu ce que le réalisateur, et Caden finalement à travers la mise en scène du film, arrive presque à faire: sortir du cadre de notre écran LCD pour nous présenter une version possible de l'existence.

Alors certes, il est bien difficile de suivre ce puzzle gigantesque, certes la temporalité n'a presque aucun sens par moments, les implications du moment passé il y a quelques minutes avec la scène suivante peuvent paraître totalement "artistiques" sans vouloir divertir, mais se poser en questions freudiennes, mais l'enrichissement, et la fascination qu'un film comme Synecdoche offre est absolument vertigineux et terrifiant de beauté plastique, humaine et amoureuse.

Vivre et mourir à travers l'impressionant spectacle qu'offre les acteurs, amis qui se donnent à nous dans cette pellicule, c'est sans doute ce que ce film offre de mieux.
Une pure merveille qui vient se classer dans les films les plus passionants et incroyables qu'il m'ait été de voir ces dernières années.

Du génie pur. Terriblement triste, mais aussi terriblement humain.

Note: 10/10

Trailer: http://youtu.be/XIizh6nYnTU

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