Jacen - Trip in Asia

Avis sur Tabou

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Tabou (1999) - 御法度 / 104 min.
Réalisateur : Nagisa Oshima - 大島渚
Acteurs principaux : Beat Takeshi - ビートたけし ; Ryuhei Matsuda - 松田龍平 ; Shinji Takeda - 武田真治 ; Tadanobu Asano - 浅野忠信 ; Koji Matoba - 的場浩司.
Mots-clefs : Japon ; Samouraï ; Homosexualité.

Le pitch :
Kyoto, printemps 1865. Au temple Nishi-Honganji, la milice du Shinsengumi selectionne de nouvelles recrues en presence du commandant Isami Kondo et du capitaine Toshizo Hijikata. Les candidats doivent affronter le meilleur guerrier de la milice, Soji Okita. Ce jour-la, deux hommes se detachent du lot et integrent la milice: Hyozo Tashiro, samourai de rang inferieur originaire du clan Kurume, et Sozaburo Kano, jeune homme dont la beaute envoutante attire tous les regards. Tashiro s'eprend immediatement de Kano.

Premières impressions :
Dernier film de la carrière de Nagisa Oshima (L’empire des sens, Furyo), Tabou se concentre sur deux thématiques particulières : l’homosexualité chez les samouraïs mais aussi le décalage existant entre une jeunesse rebelle et les vieux officiers d’un ordre établi. L’histoire, qui sert tout à la fois de décorum et d’intrigue, se focalise sur une enquête faisant suite à un meurtre dans les rangs du Shinsen Gumi, une milice de guerriers qui avaient juré de protéger Kyoto durant la période trouble de la fin du shogunat Tokugawa. Tabou est un film lent et dont les dialogues sont plus évocateurs qu’ils ne sont réellement clairs (du moins les sous-titres). Il s’agit donc plutôt d’un film de cinéphiles devant lequel je me suis hélas parfois un peu ennuyé mais qui a aussi su me captiver par ses moments de poésie.

Il est très rare de voir des films traiter de l’homosexualité chez les samouraïs, mais il s’agissait d’une pratique qui n’était pas spécialement rare à l’époque. En effet, il existait dans le Japon médiéval une certaine tradition homosexuelle, le shudō (la voie des jeunes hommes), qui peut se rapprocher de la pédérastie grecque et de l’amour viril sensé renforcer la proximité entre compagnons d’armes. N’étant pas un spécialiste, je ne saurais dire si l’homosexualité était réellement massive et fréquente, mais on en trouve trace dans de nombreux écrits d’époques. Toujours est-il que dans certains cercles, ces relations étaient plutôt encouragées entre des hommes d’expériences et des jeunes hommes, à condition que les deux partenaires soient consentants. Une fois formé ces « couples » se devaient fidélité (sauf concernant les femmes), l’ancien devant se charger d’enseigner l’étiquette et le code d’honneur à son jeune partenaire, tout en se devant d’être exemplaire lui-même. Une fois passé l’âge, les hommes étaient censé développer une amitié virile.

Il est néanmoins réducteur de résumer le film d’Oshima à sa simple évocation de l’homosexualité car l’histoire se concentre avant tout sur le décalage entre la jeunesse de Sozaburo Kano (Ryuhei Matsuda – le Ren du film live Nana) - aussi beau qu’il est rebelle - et de ces vieux officiers qui sont tout autant agacés que fascinés par la liberté, la beauté mais aussi la dangerosité du jeune homme. Pour Oshima, il s’agissait de se concentrer sur l’érotisme qui peut se créer dans des périodes de grandes tensions. Le « tabou », celui des hommes mûrs, n’était là que pour sublimer la jeunesse sans limites de Sozaburo. Grâce à une ambiance sombre et à une musique lancinante, Oshima joue en permanence sur cette notion d’inquiétude et de fascination et, fait preuve d’un érotisme jamais très clair dans l’intention des protagonistes.

Côté acteurs, le film marque les retrouvailles entre un Beat Takeshi (le nom d’acteur de Kitano) et Oshima qui lui avait offert un de ses tous premiers rôles dans Furyo en 1983. Concernant Ryuhei Matsuda (Nana, Avant que nous disparaissions), il est tout simplement envoûtant dans un tout premier rôle qui lui vaudra le prix du meilleur espoir aux Blue Ribbon Awards (récompenses du cinéma japonais). Ce sera pour lui le début d’une longue carrière car il a désormais tourné dans plus de 45 films.

Pour conclure Tabou est un film un poil longuet mais dont le propos est aussi intéressant que rare dans le cinéma japonais. Pour ces raisons (et pour Kitano dont je suis un grand fan) je vous conseille vraiment le film, vous ne perdrez pas votre temps, à condition bien sûr de supporter la narration et de ne pas avoir peur de ne pas tout comprendre au premier visionnage car le film peut très certainement s’interpréter de bien des façons.

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