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Talons aiguilles par Gérard Rocher

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Rebecca, assise dans un hall d'aérodrome, attend le prochain vol pour Madrid où elle va retr ouver sa mère Becky Del Paramo, unchanteuse adulée. Celle-ci, après une absence de quinze ans, vient faire son retour sur une grande scène espagnole. Depuis tout ce temps Rebecca n'a pas revu sa mère qui, il est vrai, a toujours privilégié sa carrière sulfureuse à sa fille. Elle a épousé l'ancienne relation de sa mère***, Manuel***, et de plus est devenue une présentatrice de grande renommée sur une chaîne de télévision espagnole. Le mari de Rebecca supporte mal la vie "active" que mène sa femme et lors d'une rencontre avec Becky lui confie son envie de divorcer et de prendre un nouveau départ avec la chanteuse qui est amoureuse de Lethal, un travesti l'imitant en play-back, lui-même épris de Becky mais aussi de Rebecca. Quelques temps plus tard le décès de Manuel est constaté à son domicile. Rebecca avoue le meurtre en direct à la télévision et il s'en suit son incarcération. Convaincu de l'innocence de la jeune femme, le juge Miguel, chargé de l'enquête, va tenter de disculper Rebecca, d'autant plus que ce magistrat n'est autre que Lethal...

C'est une nouvelle fois un sujet des plus sensibles que Pedro Almodovar aborde lors de sa neuvième réalisation. Il met en valeur les relations tourmentées d'une fille ignorée par sa mère durant sa plus tendre enfance mais malgré cela admirative et attachée à celle-ci. En effet, cette mère égocentrique et sa fille sont sous la pression d'un homme autoritaire, attaché aux coutumes familiales rigides devenant alors un poids pour Becky et la petite Rebecca qui , assistant aux nombreuses scènes de ménages, ne peut admettre que ce père ne veuille pas laisser sa mère partir en tournée à l'étranger afin d'exercer son métier de chanteuse. Son cerveau de petite fille va alors élaborer un plan machiavélique pour que sa mère retrouve sa liberté. Toutefois, celle-ci par sa vie remplie de paillettes et de bulles de champagne ne réalise toujours pas qu'elle est mère d'une petite fille, laquelle a grandi et épousé un homme aussi rigide que son père et de plus amant de cette mère si éloignée. Rebecca est à bout et retrouve avec cet homme les douloureux souvenirs de son enfance. Elle se sent humiliée et trompée au point de le supprimer. Toutefois, malgré sa rancœur vis à vis de sa mère, elle ne peut se détacher d'elle et continue à l'aimer passionnément. Cette Becky retrouvera son instinct de mère à son dernier souffle de vie en s'accusant du meurtre de Manuel, confortant ainsi le juge Miguel dans ses convictions et se délivrant de son attachement à cet homme pour le transmettre à sa fille.

La réalisation de cette œuvre est touchante. L'aspect "polar" est en fait très secondaire puisque l'on connaît immédiatement la coupable et le motif du meurtre. Grâce à un flash-back en début de film, Pedro Almodovar nous plonge dans l'univers de cette petite fille piégeant son père afin de l'éliminer. Le parallèle est alors fait sur les conséquences d'une vie de femme marquée par une enfance malheureuse. Certaines scènes sont assez inoubliables telles Becky interprétant, en larme, une émouvante chanson en hommage à sa fille lors de son concert à Madrid ou l'annonce par Rebecca, à la télévision, de l'assassinat de son époux. La mise en scène est particulièrement soignée avec ses couleurs chatoyantes au sein desquelles le rouge l'emporte, telles les tenues du personnage impitoyable et hautain de Becky, remarquablement interprété par Marisa Paredes. Victoria Abril est, comme à son habitude, grandiose et émouvante à souhait dans le rôle de la frêle mais déterminée Rebecca. Miguel Rosé, en juge amoureux et manipulé ou en travesti talentueux, est éclatant de talent.

Même si, à mon avis, il ne s'agit pas du plus grand film de Pedro Almodovar, toutefois cette œuvre ne peut laisser indifférente tellement ce réalisateur est proche de nous dans sa description et sa conception des rapports humains. Il ne provoque pas, il se contente de montrer avec une rare maestria des moments de vie en tirant une analyse que je partage, pleine d'humanité mais aussi de réalisme.

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