Comédie triste

Avis sur Tandem

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On a décrit avec beaucoup de justesse le climat général de Tandem : film sur la vieillesse, le temps qui passe, l’échec et la solitude. C’est tout à fait cela, et plus on le revoit, plus on est frappé de cette désespérance. Comédie à l’italienne, évidemment et aussi personnages à la Houellebecq, à peine colorée par la relation Maître/Valet qui introduit le ressort comique (devant la seule part de tarte restante, Rivetot (Jugnot) à Mortez (Rochefort) : Prenez les fruits, j’adore la pâte). Qu’ajouter à ça ?

J’exagère, en évoquant Houellebecq : ce n’est pas tout à fait la même France que l’on montre ; celle de l’auteur des Particules élémentaires, c’est davantage celle des franges des grandes villes, des zones commerciales et des hôtels standardisés des chaînes. Celle de Tandem, c’est la France vieillie, des chefs-lieux de canton et des auberges surannées pour voyageurs de commerce, la France des territoires qui se dépeuplent.

Revoyons les premières images : juste à côté de l’autoroute, de sa nervosité, de sa modernité, il y a la route nationale, sans péage et sans véhicules, image d’une radio décatie, d’une émission archaïque, d’auditeurs ringards. (Une fois que j’ai dit ça, je suis bien obligé de reconnaître que Le jeu des 1000 F. (1000 euros, aujourd’hui) est diffusé depuis 55 ans, réunit beaucoup de monde autour de France-Inter et que j’ai toujours un vif plaisir, lorsque je tombe dessus, à tester mes connaissances et ma mémoire). N’empêche que c’est drôlement bien observé : le localier qui traite Mortez par dessous la jambe et qui ira consulter la collection des années passées pour retrouver la dernière interviouve dans son journal régional, le papier peint à hurler des gargotes, les rues vides de la province reculée, le mauvais mousseux des réceptions à l’hôtel de ville, le dîner offert par un élu vulgaire et cruel, si parfaitement interprété par Jean-Claude Dreyfus.

Ce repas est à soi seul une merveille ; on l’imagine absolument dégueulasse : terrine de poisson indistinctement cotonneuse arrosée d’une sauce verte marbrée de gélatine ; puis il y aura un morceau de bœuf qu’on aura baptisé filet, qui aura un goût de craie sanglante et qui sera entouré de petits pois à carapace rigide et de micro-asperges ficelées dans une barde de lard, le tout baignant dans un jus clair écœurant de fadeur. Suivront fromages plâtreux et poire Belle Hélène à la vanille de synthèse et au chocolat coagulé. Les rires gras des notables sont plus vrais que nature. Et comme elle est bienvenue et déchirante en même temps cette rencontre avec la libraire intelligente (Sylvie Granotier) avec qui Mortez pourrait connaître un petit bout d’éclaircie, même pour une nuit, qu’il refuse et qu’il se refuse.

Dans ce film d’hommes, d’ailleurs, les femmes sont intéressantes : la rencontre que fait Rivetot avec la serveuse du restaurant est également pathétique ; elle me permet en tout cas de dire toute mon admiration pour Julie Jézéquel, qui n’a pas beaucoup tourné, mais qui était déjà remarquable dans L’Etoile du Nord.

Est-il alors nécessaire de revenir sur la complémentarité des deux formidables acteurs principaux, rarement aussi bien employés et sur la tendresse triste du regard de Patrice Leconte ? Un vrai grand film…

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