De retour pour vous jouer un mauvais tour ?

Avis sur Tanguy, le retour

Avatar καιρός
Critique publiée par le

Etienne Chatiliez est un réalisateur dont j'ai vu tous les films et la plupart pendant mon enfance.

Alors, j'ai une attache toute particulière à La vie est un long fleuve tranquille (1988) qui est une de mes comédies françaises favorite par son aptitude à tourner en dérision la rencontre de deux classes sociales opposées. Puis l'horrible Tatie Danielle (1990) m'a eu fait frisonner enfant ! J'ai eu de la peine à comprendre Le Bonheur est dans le pré (1995) qui raconte ni plus ni moins qu'une crise existentielle d'un homme qui se fait passer pour un autre et qui va enfin rencontrer le bonheur.
Cependant, sa filmographie récente m'a déçue. La Confiance règle (2004) s'enlise dans l'humour parfois vulgaire. Je n'ai pas esquissé l'ombre d'un sourire devant Agathe Cléry (2008) et je me suis endormie devant L'Oncle Charles (2012)...
Ce réalisateur, qui autrefois parvenait à mettre en avant des personnes hauts en couleur, des situations parfois rocambolesques tout en amenant une critique sociale, semblait se perdre. Dans l'humiliation du pauvre, comme prétendent certains ? Je ne pense pas. Je dirais qu'il s'est déconnecté du réel, et son cinéma en subit les conséquences. Il n'y a plus de malice à travers son cinéma, mais plutôt de la moquerie.
Puis entre ces deux périodes, il y a Tanguy (2001), un grand succès populaire au point qu'un adulte qui reste chez ses parents est appelé de la sorte. Les gags ou plutôt, les pièges des parents odieux me faisaient rire enfant. Je garde un excellent souvenir du film, regardé presque autant de fois que Tatie Danielle ou La vie est un long fleuve tranquille dont les VHS se sont usées à force de visionnage.
J'étais donc curieuse de voir la suite. Au vu de la dégradation de la filmographie de Chatiliez, je n'en attendais pas grand chose. Et j'ai eu raison.
Le film s'ouvre de manière inattendue par une séquence en animation, où l'oiseau ne veut quitter son nid. Puis, nous suivons la vie des parents de Tanguy, Paul et Edith, des retraités bourgeois qui passent leur temps au golf avec leurs amis, au restaurant, ou à regarder d'un bloc des séries ("bingewatcher" pour le dire à la franglaise). La belle vie oisive, donc. Un coup de sonnette, et c'est le drame. Tanguy déboule avec sa fille de 17 ans et X valises. Sa femme l'a abandonnée, lui et sa fille, pour un autre.

La réaction des parents est surprenante ! Moi qui pensais qu'ils allaient vite vouloir s'en débarrasser, que nenni ! Au contraire, pendant près d'un tiers du film, ils le soutiennent, car il semble traverser une dépression. Elle est tournée en dérision, comme les problèmes de prostate du père. Ainsi, il est ardu de voir où nous mène le film car Chatiliez ne parvient pas à créer du comique à travers une situation plutôt dramatique, et ce n'est pas faute de tenter.
Puis peu à peu, les tensions vont s'accumuler. Notamment avec Zhu, la fille de Tanguy, un peu tête à claques, n'hésitant pas à faire autorité sur son père, et sa grand-mère, qui peine à supporter une petite fille aussi directrice. Puis entre les coucheries de Tanguy avec son ex, de Zhu avec son copain dans la demeure familiale, Tanguy qui rentre à la maison de ses parents comme dans un moulin, y compris quand il rentre de beuverie à six heures du matin... Cela en est trop ! Edith et Paul décident de déterrer la hache de guerre et de les faire déguerpir.
Sauf que le comique ne fonctionne pas. C'est moins extravagant que dans le premier, moins piquant. De plus, Tanguy ne semble pas tant que ça vouloir s'enliser dans l’appartement de ses parents, il attend juste que sa fille ait terminé son bac. Ou alors suis-je trop crédule, mais même s'il ne semble pas vouloir déguerpir tout de suite, il est tout de même moins retors que en 2001. Du coup, la situation manque grotesque, on est loin du Tanguy qui va adresser un procès à ses parents car ils veulent qu'il parte de chez eux.
Ensuite vient une série impromptue de rebondissements : Mei-Li revient dans les bras de Tanguy - prévisible - et Zhu est enceinte. Cependant, ils finissent par trouver un logement ; Paul et Edith retrouvent enfin la quiétude de leur retraite ! Ils reprennent leur train-train que nous avons suivi au début du film, jusqu'à une fameuse promenade de vélo. En effet, Paul avait retiré les freins pour piéger Tanguy et Zhu, qui au final, ils ne s'en sont pas servis. Résultat, un immense retour de karma, puisque Edith et Paul sont hospitalisés. Là, le film devient intéressant.
Pendant tout Tanguy, le retour, les personnages de Zhu et Maxime, tout deux d'origine chinoise, sont tournés en dérision, car représentent le cliché asiatique par excellence : politesse excessive, résultats excellents à l'école. Des citations de Confucius ou de Lao-Tzu sans doute erronées... Aussi, les employés ( pour le ménage par exemple ) sont d'origine étrangère. Je ne pense pas que ce choix soit anodin, et connaissant Chatiliez, il dénote plutôt d'une critique sociale mais aussi une volonté de caricaturer chaque personnage pour que nous rions de ses travers, qu'il soit bourgeois ou prolétaire, comme le montre La vie est un long fleuve tranquille. Cependant, je ne pense pas qu'il soit agréable de voir ce film si on est d'origine asiatique... Petite anecdote : là où la salle riait le plus, c'est quand les grands parents se moquent du prénom de Zhu ou devant l'accent exagéré de Mei-li... Je ne sais comment l'interpréter, mais cela m'a surpris.
Bref, le film devient intéressant, car Edith et Paul se retrouvent de nouveau avec Tanguy, Mei-Li, Maxime et Zhu enceinte. Or, ils vont tout faire pour les aider, malgré le caractère récalcitrant des bientôt arrières grands parents. Le film le montre à divers reprises, que ce soit avec le kinésithérapeute qui leur dit qu'ils sont chanceux d'avoir leur fils auprès d'eux pour les soutenir suite à l'accident ou les amis d'Edith et Paul qui réalisent que leurs propres enfants ne les aideront probablement pas lorsqu'ils seront plus âgés. Derrière les clichés parfois redondants sur les personnes d'origine chinoise se trouve surtout l'idée que leur idéal de la famille est une famille soudée, où plusieurs générations vivent ensemble, qu'il faut aider son enfant comme lui nous aidera plus tard. A contrario, la famille occidentale, représentée par Edith et Paul, montre l'importance de s'émanciper, de s'individualiser, de quitter le cocon familial... Ainsi, Tanguy n'apparaît pas que comme un personnage collant, comme ses parents peuvent être considérés comme égoïstes ou au contraire, justes dans leur volonté de s'éloigner de leur fils. Tout dépend sous quel paradigme on se place. Enfin, je surinterprète peut-être le film, je n'en sais rien.
Malgré quelques réflexions intéressantes mais amenées de manière maladroite, l'humour du film reste tout de même assez bas du plafond et les retournements de situation redondants.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 66 fois
Aucun vote pour le moment

καιρός a ajouté ce film à 1 liste Tanguy, le retour

  • Films
    Cover Péril Filmique (annoté, 2019)

    Péril Filmique (annoté, 2019)

    Après le périple, voici le péril ! L'année dernière fut celle de la découverte du cinéma. Vraiment. J'espère que celle-ci...

Autres actions de καιρός Tanguy, le retour