La jungle de carton pâte

Avis sur Tarzan, l'homme singe

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Que l'on songe que ce film est de 1932, soit qu'il ait presque 90 ans, pour s'apercevoir qu'il distille encore une étonnante fraîcheur, malgré ses imperfections.
Tarzan l'homme singe, c'est surtout la rencontre de Johnny Weissmuller et du cinéma, il deviendra l'interprète le plus légendaire du rôle, et si mes souvenirs sont exacts, c'est lui qui a tourné le plus de films avec ce personnage, habitant quasiment le rôle, un peu comme Christopher Lee qui a incarné plus de 16 fois je crois, le comte Dracula, il y a des acteurs comme ça qui sont abonnés à un rôle sans que ça ne nuise véritablement à leur carrière. Lee et Weissmuller sont de ceux-là.
Crée en 1912 par Edgar Rice Burroughs, Tarzan fut porté à l'écran dès 1918 avec Elmo Lincoln, acteur plutôt grassouillet, et depuis, la liste des acteurs ayant endossé le pagne de Tarzan s'est considérablement allongée, avec plus ou moins de réussite ; il y a eu Gordon Scott qui fut un bon Tarzan dans d'agréables films en couleurs, Lex Barker, Denny Miller ou Ron Ely pour la télévision américaine, et même le Frenchie Christophe Lambert dans Greystoke, mais aucun n'a eu cette sorte d'aura que possédait Johnny Weissmuller, ce côté un peu primitif sans l'être trop. Dans ce premier film parlant, et premier des 6 films qu'il tourna avec Maureen O'Sullivan, il est même beau et très spontané, car Weissmuller n'était pas un acteur de profession mais un authentique champion de natation, détenteur de plusieurs titres olympiques et de records du monde multiples. Ceci donne une certaine identité au marivaudage aquatique de Tarzan et Jane et aux séquences aquatiques en général.
Ces 6 films font assurément partie de l'histoire du cinéma, ils constituent une sorte de continuité, mais ce premier opus a un charme spécial, on y découvre avec Jane un homme blanc sauvage qui vit dans la jungle africaine en harmonie avec de nombreux animaux ; on imagine mal de nos jours ce concept après une centaine de versions de Tarzan, mais au début des années 30, ça devait être assez fascinant, et encore plus lorsque Edgar Rice Burroughs écrivit cette histoire en 1912, qui fut rapidement adaptée aussi en BD. Le contexte de jungle et d'aventure mystérieuse a commencé à fasciner les Occidentaux avec ce Tarzan l'homme singe, sorti un an avant King Kong qui a renchéri dans ce concept ; l'histoire d'amour entre une jolie femme civilisée et un homme primitif ou un gorille géant, est finalement assez proche, on est dans une nouvelle version de la belle et la bête. D'autre part, l'érotisme à peine voilé par la quasi nudité de Tarzan et les scènes tendres entre lui et sa belle, défiaient ouvertement la censure hollywoodienne des années 30, et pourtant, il n'y a rien de sordide ou d'inconvenant.
En attendant, on prend un sacré plaisir à revoir ce genre de film très dépaysant, malgré des trucages grossiers (les fausses lianes qui sont de grosses cordes de chanvre), une jungle de carton pâte bien arrangée par la direction artistique de Cedric Gibbons, des lions bien dressés qui mordillent Tarzan, ses combats avec des crocodiles en plastique, et une Jane débonnaire et peu farouche qui s'entiche vite de son "bon sauvage" (incarnée par une superbe Maureen O'Sullivan), sans oublier les "Moi Tarzan, toi Jane" et autres "Umgawah", la guenon facétieuse Cheeta, et le fameux cri de Tarzan (qui fut conçu par les ingénieurs du son de la MGM) ...tout ceci possède une certaine poésie et participe à un charme kitsch très réjouissant.

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