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Taxi Driver par Vincent Bruneau

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Aujourd’hui revenons sur un des très grands classiques du cinéma américain. Nous sommes dans les années 1970 du côté de Brooklyn et du Bronx. Nous sommes immergés dans les bas fonds de New York avec un certain Travis Bickle au volant de son taxi jaune. Vous aurez donc tout naturellement reconnu de quel film il s’agit : Taxidriver du génial Martin Scorsese.

Ce film qui recevra la palme d’or au festival de Cannes de 1976 met en scène Travis Bickle (Robert de Niro), un vétéran du Vietnam un peu pommé. Ce type qui n’est visiblement pas un enfant de cœur ne possède aucune attache. Il vit seul, n’a pas vraiment d’amis, ne s’accorde qu’une seule réelle distraction, à savoir le cinéma porno, bref, il n’est personne. Qui plus est, Travis est ressorti de cette guerre du Vietnam un peu déséquilibré et victime d’insomnies. Celles-ci le hantent et Travis n’y vois qu’un seul remède : bosser la nuit. C’est donc tout naturellement qu’il va postuler pour un travail de chauffeur de taxi. Peu exigeant et peu impressionnable, Travis accepte même de travailler au Bronx et à Brooklyn contrairement à beaucoup de chauffeurs blancs de cette époque. En 1976, on parlait encore tout naturellement de « Nègres » sans pour autant appartenir au Klu klux Klan.
Cependant, dans ce film, deux personnes vont changer profondément le personnage de Travis : Betsy (Cybill Shepherd) et Iris (Jodie Foster). En effet, Betsy est une femme d’une grande beauté, très élégante et très prise par son travail au QG du sénateur de l’Etat de New York, qui travaille à sa réélection. Cette jeune femme bourgeoise est parfaitement le genre de femme que ne peut pas avoir Travis. Pourtant, ce dernier tente quand même de la séduire. Touchée par cet homme mais aussi un peu contrainte et forcée, elle décide de revoir Travis pour une séance de cinéma. Ce dernier l’emmène alors voir le seul cinéma qu’il connaisse, à savoir le cinéma porno. Choquée, Betsy quitte la séance et refuse de revoir Travis.
Quant à Iris, il s’agit d’une très jeune prostituée de 12 ans et demi. Elle fait une première fois la rencontre de Travis dans son taxi, en essayant d’échapper à son mac. Cette dernière va profondément marquer Travis. En effet, comment peut-on devenir prostituée à cet âge et surtout, comment peut-on être le mac d’une gamine ? Petite parenthèse, le mac en question, Sport, est interprété par Harvey Keitel, le Mr White de Reservoir Dog ou encore l’hilarant Winston Wolfe de Pulp Fiction.
Avant d’analyser un peu plus profondément le film, continuons un peu sur l’univers de Travis. En effet, il fréquente beaucoup de chauffeurs de taxi qui deviendront peu à peu ses seuls amis. Certains lui font part de la violence qu’ils croisent quotidiennement en sillonnant les quartiers chauds de New York. Certains des ses amis chauffeurs sont même armés. C’est alors que durant une course, un homme fait part à Travis de ses projets funestes concernant sa femme. Pourquoi ? « Parce qu’elle couche avec un nègre ». Après cette expérience inédite pour lui, Travis décide de s’armer.
Voilà le moment clef du film : Travis s’achète une arme. Une arme ? Non, plutôt un arsenal. Il va même s’acheter un colt énorme, « capable d’arrêter un éléphant dans sa course », d’après son vendeur. Peu à peu Travis va devenir accro aux armes et s’en servir va devenir naturel. Il va même aller jusqu’à tuer un voleur dans une superette de son quartier sans même hésiter un seule seconde.
Toute cette violence, sa frustration avec Betsy ou encore son dégout pour la situation d’Iris vont déchaîner une colère profonde chez Travis. Pour lui, pas de doute il a deux problèmes à régler : tuer le sénateur pour qui travaille Betsy, afin de se venger d’elle et tuer le mac d’Iris qui ne mérite que ça. Il échouera pour le sénateur, mais pas pour le mac qu’il tuera dans un véritable bain de sang. Cependant, ayant tué le mac d’une jeune adolescente, Travis sera porté en Héro dans la presse Newyorkaise.

La fin de ce film peut vous paraître totalement optimiste. En effet, Travis devient un héro et Iris est libérée. Cependant je pense qu’il en est tout autre. En effet, tout cela semble être pour Travis un commencement. Il n’était personne et il est devenu quelqu’un. Il a fait justice lui-même et beaucoup de gens lui témoignent de la sympathie. Même Betsy semble vouloir revenir vers lui dans la toute dernière scène. Cependant une fois montée dans son taxi, Travis, la voyant dans son rétroviseur, dérègle ce dernier pour ne plus la voir. Une fois arrivé chez elle, il la dépose refusant avec fierté de lui faire payer la course. Il semble alors libéré. En effet, il n’est plus le dindon de la farce qui se fait jeter. C’est même lui qui jette Betsy. Cette dernière ne représente au final rien pour lui d’un point de vu amoureux. Comme je le disais, c’est le genre de femme qu’il ne pouvait avoir. Maintenant il sait qu’il peut l’avoir, donc il n’y a plus de challenge. Tout cela pour dire que cette fin témoigne d’un commencement où Travis ne semble absolument pas guéri de sa folie meurtrière.

Ce film est donc une réflexion sur le devenir, sur la prédisposition, mais aussi sur la psychopathie. Au fond Travis est un psychopathe. Ce qui importe dans cette histoire, ce n’est pas de savoir ce qu’il va se passer, mais de découvrir en long et en large la personnalité de ce chauffeur de taxi, de ce type qui a envie de devenir quelqu’un. D’ailleurs, si Travis avait dû être réduit à un personnage classique du cinéma hollywoodien, il serait mort en héro à la fin. Il y a ici, comme dans beaucoup de films de Scorsese, la volonté de pousser une réflexion sur la folie et la double personnalité des gens.

Je conseille donc ce film cultissime pour votre culture et pour vous rendre compte du talent de Scorsese et de De Niro. De Niro ayant d’ailleurs passé 6 mois dans un taxi en tant que chauffeur pour s’imprégner du personnage avant le rôle. Regardez donc ce film palpitant et très bien réalisé qui aura marqué sa génération.

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