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Tel père, tel fils par Le Blog Du Cinéma

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Avec TEL PÈRE, TEL FILS, le réalisateur japonais Hirokazu Kore-Eda renoue avec des thèmes chers à son cœur comme les liens familiaux, déjà abordés dans le magnifique NOBODY KNOWS (2004) et STILL WALKING (2009). Cette fois-ci, il traite toujours des liens du sang mais plus précisément du lien paternel. L’histoire n’est pas sans rappeler celle du film « La Vie est un long fleuve tranquille » mais, plus qu’un échange de nourrissons, TEL PÈRE, TEL FILS raconte la découverte du rôle de père chez un homme pour qui la réussite professionnelle passait jusqu’alors avant la famille et entravé par un schéma familial rigide et exigeant dont son fils Keita qui – on l’aura compris – n’est en fait pas son fils biologique, est le premier a en subir les conséquences.

Ce sont les rencontres successives avec l’autre couple et son « vrai » fils Ruysei, « bien dans ses baskets » et élevé dans un esprit libéral, ainsi que la vision de cet autre père, Yudai, petit commerçant mécano à ses heures, à l’antithèse de sa conception austère de la paternité, qui vont le repositionner dans son rôle de père. Cette épreuve va peu à peu ébranler ses certitudes et démanteler l’arsenal quasi militaire qu’il a jusqu’alors imposé à Keita (cours de piano, école privée, leçon de maintien à table…). De l’autre côté du miroir vit l’autre famille, si aimante qu’elle compte trois enfants et prompte à les dérider en moins de deux à coups de cerf-volant, d’éclaboussures, et j’en passe… On comprend également que la re-naissance en tant que père de Ryota passe aussi par sa confrontation avec son propre père : pour preuve des scènes assez glaciales où l’on sent bien le poids du carcan familial.

Le film interroge aussi sur la force des liens du sang et pousse à se demander si l’attachement ou l’amour dépourvu de ces liens suffit à créer un lien assez fort pour être définitif.

Comme toujours, Hirokazu Kore-Eda explore ses personnages dans leur intimité, comme s’il plaçait sa caméra dans le coin d’un appartement en attendant que les choses se passent, qu’elles arrivent ou n’arrivent pas d’ailleurs… Nous voyons ainsi Ryota dormir, travailler, rentrer chez lui, mais aussi Keita jouer, l’autre famille suivant le même traitement. La réunion des deux familles est également prétexte à laisser les choses se faire d’elles-même, sans forcer (une pause dans une aire de jeux par exemple). Tandis que les parents se remettent discrètement en question (notamment sur leur statut de bon parent ou de bonne mère) et que leurs émotions sont plutôt retenues (Ryota semble parfois figé voire inexpressif), les sentiments et les réactions des enfants sont davantage captés sur le vif, de manière spontanée, donnant lieu à quelques sourires émus chez le spectateur.

Malgré cette apparente transparence des émotions chez Ryota, on comprend malgré tout aisément l’enjeu vécu dans le camp parental – et celui des enfants bien sûr – et la tension dramatique du film, même si elle se tisse en filigrane, demeure très forte et poignante.

La délicatesse des sentiments chez Hirokazu Kore-Eda est une fois de plus ici grandement démontrée.

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