Vers le bleu

Avis sur Ten Skies

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Un jour, James Benning a pris sa caméra, il l'a orienté vers le ciel, il l'a mis en route, a regardé ce qui se passait, l'à éteint, a reproduit cela dix fois - et tout cela à fait un film et toute la poésie du monde. Le contemporain dans sa plus belle forme : le plan se construit lui-même, et on pense à autre chose, et on s'oublie aussi, on pense à sa vie et ce n'est pas très grave, on revient vers le film et on regarde à nouveau.
On regarde ces dix ciels, on pense à tous les autres que Benning a filmé et qu'il n'a pas montré - et parfois on se demande : pourquoi le choix de ceux-ci ? et nos questions s'envolent vers le ciel et il ne reste plus que le silence.
Et les ciels bougent, se distordent, restent dans la fixité de leur bleu infini ou évoluent avec les nuages - quelque chose se rajoute, quelque chose se soustrait, quelque chose se transforme. L'homme finit par laisser son empreinte, une fumée discrète, et plus rien ne sera comme avant. Comme dans Sogobi, sauf que Sogobi filmait la terre et les voitures, et que là l'homme reste qu'une ombre qui se confond au nuages, et c'est par cette ombre juste que tout ce décale, étrange, indicible, presque perverse.
On écoute ces dix ciels, il y a le bruit des oiseaux, des moteurs. Il y a des plans noirs où on entend des voix discrètes - des plans noirs qui coupent l'harmonie, comme si les voix ne pouvaient s'entendre que si l'harmonie était brisé.
Il y a ces dix ciels et Benning ne les montre pas comme dix infinis. Les plans de cinéma meurent aussi, en quelque sorte l'image de cinéma est une chose déjà morte depuis la nuit des temps : Ten skies commence et il n'y a rien de plus vivant, puis il file, il passe, les ciels changent et s'éteignent et passent et nous échappent.
Alors ce qu'il nous reste, c'est de les regarder pendant que Benning a la bonté de nous les donner à voir.
Ca ne dure pas, c'est éphémère - les cieux sont aussi solitaires que le geste de Benning avec sa caméra.
Solitaire et harmonieux, d'une harmonieuse solitude.

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