Pas très net...

Avis sur Tenet

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Il est tout de même très ironique de constater que tous les espoirs de l'industrie du cinéma aient été placés sur un film comme Tenet. Un soi disant messie salvateur dont on espérait qu'il fasse apparaître des spectateurs dans les cinémas comme on tenterait d'invoquer la pluie ou le beau temps. Et on finit par se retrouver devant un film qui s'essaie plus à brouiller les pistes, perdre le spectateur et même le tromper qu'à le caresser dans le sens du poil… Pas sûr que que le grand public biberonné aux marvelleries et autres remakes aux grandes oreilles ne trouve cette porte d'entrée attrayante.

Car oui, si vous n'avez pas tout compris en sortant de la salle, c'est normal! Qu'importe votre maîtrise de l'inversion de l'entropie ou même de la physique quantique, le film est fait pour vous perdre. Et Nolan s'en amuse. Il s'en amuse tellement qu'il se soustrait même à l'explication quand cela devrait être nécessaire("Don't try to understand", "That's a paradox" et alors même que le film est déja très verbeux). Parce que le concept est fort, le concept est passionnant, à la fois diablement tordu et d'une évidence géniale. Mais comme tous les concepts qui se jouent de la flèche du temps, les problèmes de causalité ne cessent de gicler à la face du spectateur et ces fourvoiements incessants nous font sentir petit à petit un doux fumet d'arnaque et même d'enfumage! Je n'ai pourtant vu le film qu'une seule fois à ce jour, je ne m'avancerai donc pas. Peut-être suis-je passée à côté d'une cathédrale scénaristique imprenable guetté de haut par ces rares élus nolaniens seuls héritiers de la compréhension d'un chef d'œuvre à la croisée de 2001 et d'un cours de Richard Feynman. Peut-être, mais laissez-moi aussi émettre l'hypothèse que le tout est un peu bancal et que la vitesse, les cuts et la réalisation bordélique de Nolan sont un peu là pour nous faire oublier tout ça.

Bon, maintenant que l'on a dit ça qu'est-ce qu'il reste ? Je pourrai continuer en disant que la première partie est assez molle, poussive dans cette tentative d'un James Bond qui serait resté sur le banc de touche, et c'est vrai. Je pourrai dire que les personnages sont des coquilles vides fonctionnels (et même quand ils sont "développés" ne ressemblent qu'à une vague tentative de faire tenir la chose par un enjeu humain). Oui je pourrai encore rouspéter longtemps sur le film, tant il y a de choses qui m'ont déplues ou même agacées. Mais en faisant cela, je ne vaudrai pas mieux que ce benêt regardant le bout du doigt au lieu de la lune!

Car Tenet, c'est avant tout un film… un film expérimental. Une expérimentation furieuse de la structure d'un scénario et ses limites, un de ces projets dont l'ambition nous écrase. Même si la plupart des films de Nolan semble se baser sur la force du scénario, et s'y reposer un peu, l'histoire contée par Tenet est une pure histoire de cinéma. Inséparable de son medium, ces jeux de la temporalité ne peuvent se représenter que sur un écran. C'est un scénario qui ne peut acquérir de sens que par l'image. Là est le génie de Nolan, des scénarios complexes et cérébraux, oui, mais s'inscrivant constamment dans une démarche de pure cinéaste. Par exemple, si l'on peut très clairement opposer le travail de James Cameron et de Christopher Nolan, l'un cultivant le goût de l'évidence émotionnelle et l'autre s'attachant aux complexes jeux de la cérébralité, il est un point commun qui les unit de manière indiscutable: l'ambition de proposer quelque chose qui n'a jamais été fait, qui n'a jamais été vu. Et... oui, j'aurai voulu voir beaucoup plus de ces effets d'inversion mais certaines forcent tout de même le respect par leur efficacité à créer des instants de pure sidération. Il faut bien avouer que lorsque l'on se retrouve plongé dans un champ de bataille mêlant les deux temporalités simultanément, l'extase est totale. On se rappelle du grandiose de Dunkerque mais maintenant baigné de ce nouveau concept d'inversion, c'est tout simplement malin et très satisfaisant! Il va plus loin qu'Interstellar, plus loin que Memento, plus loin que Inception. C'est bien la radicalité de la démarche qui rend le tout si savoureux.
Alors... oui le film déborde de problèmes. Mais le film essaye, expérimente, approfondit et repousse les limites de ce qu'il est. Et parfois... il réussit et créée des images, des scènes et des situations inédites... des situations qui, évidemment ne semblent pouvoir être faites que par cette homme, et en cela ça force le respect!

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