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Tenet par Nielk

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D'abord, c'est un film dans lequel on court beaucoup et dans tous les sens. On y court vite, d'arrière en avant et même d'avant en arrière, à reculons donc. Cela n'est pas très humain, l'être humain est un engin multi-directionnel et il me semble bien que Nolan n'a fait courir personne de gauche à droite, ni à son inverse. Cela aurait permis de donner une dimension supplémentaire au film. C'est dommage, cela nuit au propos et surtout à l'action. C'est également un film où on roule vite, y compris en marche arrière. Imaginez les trésors d'imagination qu'il fallut pour organiser des carambolages dans ce fatras de symboliques et de représentations du temps qui passe, qui va et vient à cause d'un foutu algorithme que certains dissimulent et que d'autres convoitent.

J'avoue. Je suis un peu de mauvaise foi, pour mieux dissimuler un mélange d'incompréhension et de contrariété sans doute. J'aurais préféré être simplement dans l'incompréhension, j'aurais pu m'en faire une raison. La contrariété qui s'est emparée de moi vient de la bande sonore du film , elle est aussi saturée que la bande visuelle qui défile à toute allure sur l'écran. Mon dernier souvenir de bande sonore saturée remonte à un spectacle de music-hall dont la richesse de la musique et du chant était due à une sonorisation en conserve portée par des play-back parfaitement synchronisés. La saturation avait pour fonction de masquer les dernières imperfections de cette synchronisation et de s'assurer que le spectateur était bien emporté dans une sorte de tourbillon des sens.

Les excès et les saturations peuvent être un moyen pour leurrer les spectateurs d'un film comme les films de Bollywood le font avec les changements de costumes à chaque plan ou comme dans le mauvais théâtre quand une succession effrénée de décors surchargés et l'abus d'artifices divers tiennent lieu de jeux et de mots. Quand tu ne sais plus que faire dire aux personnages, fais les bavarder, chanter ou courir.

Les producteurs de Tenet semblent bien avoir assigné à la sortie du film en Europe la fonction de prendre la température post-confinement. Pour évaluer ce que les semaines et mois qui viennent réservent au cinéma,Tenet est leur thermomètre doublé d'un baromètre et d'un hygromètre montés sur une tablette dont l'envers est équipé d'un oxymètre permettant également de mesurer le pouls mais surtout d'un tensiomètre à pédales inversées.

Les salles seront-elles combles ? Il y aura déjà tous ceux qui aiment ce qui est abscons, ils sont souvent assis aux derniers rangs pour ne pas être pris à revers, puis il y a ceux qui ne veulent pas être en reste et surtout qui souhaitent pouvoir dire demain qu'ils en étaient ; ils occupent avec gravité les cinq premiers rangs. La vingtaine de rangs disponibles entre les deux sera occupée par tous ceux qui ont du mal à se faire une idée claire du film en lisant les nombreuses critiques et qui n'ont pas encore réalisé qu'à film abscons doit toujours correspondre éclairage tout aussi abscons. Ne serait-ce que pour décider les nombreux dubitatifs à aller se rendre compte par eux-mêmes.

J'ai trouvé en moi la volonté, l'énergie et même le courage de me traîner dans la salle où passe le film. Je me suis pris par la main moi-même car j'ai horreur qu'on me mène ainsi pour que je me rende là où je n'ai pas envie d'aller. Je suis donc allé à mon tour, peut-être simplement parce que moi aussi, j'avais envie de pouvoir dire que j'en étais. Il m'est arrivé dans le passé d'être allé voir un film une seconde fois pour en voir le cœur net. Bien qu'aujourd'hui il fasse une chaleur à se réfugier dans la première salle de cinéma fraîche devant laquelle vous passez, je n'ai pas pu me résoudre à renouveler l'opération pour deux heures et demie de plus.

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