USA's Dream of pariahs

Avis sur The Bad Batch

Avatar Greenbat85
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Ce film me pose vraiment une colle. Peut-être trop singulier pour être noté.

L'introduction est claire sur le principe : ici vous quittez le domaine d'application des lois. Ce pourrait être n'importe quel Etat d'Amérique du Nord qui ressemble au Texas mais, comme le précise la réalisatrice, cela pourrait aussi se passer autour de n'importe quel Etat dans le monde. Ce qui compte, c'est que l'on comprenne que l'on rentre dans l'âme des parias, des indésirables.
Meurtrier ? Clochard muet ? Emigré clandestin ? Homosexuel ? Qu'ils soient bons ou mauvais selon une morale quelconque, c'est uniquement leur condition par rapport à la loi qui fonde leur identité dans ce quasi no man's land.

Une fois que ce méli-mélo nous est brutalement introduit, c'est un véritable trip visuel qui s'amorce. Les images parlent plus que les personnages eux même, il y a peu de dialogues, et Amirpour met plus que tout la musique à contribution pour parler à leurs place. On passe d'un cannibalisme sauvage à une piste de danse pour junkies adeptes d'un bienfaiteur aliénateur. Le film parvient à nous frapper avec cette dualité d'un endroit si familier pour le spectateur américain où tout moment peut être un nouveau départ, quelque soient les crimes reprochés ailleurs ou bien la souffrance supportée jusque là, mais où le confort et l'impression de bonheur acquise par les plus chanceux a pour prix l'aliénation et l'illusion d'un rêve. Aliénation psychique, aliénation artistique, aliénation économique, ou réalité mortifère faite de mutilations, d'arnaques ou d'exécutions sommaires au grès des rencontres quotidiennes.

Voir avec tout ça un lapin fuir tout droit dans les jambes de Keanu Reeves, relooké pour l'occasion en gourou super star, forme une amusante et ironique référence, mais j'ai avec ce film le même problème que j'ai toujours avec chaque univers dystopique (les vrais univers dystopiques); une fois qu'on l'a exploré, que l'on s'en est impreigné, ainsi que des espoirs et déceptions des personnages, il n'y a littéralement rien autour que le désert, comme la marque poussièreuse d'un consensus idéologique confirmé dans l'Amérique des années 80.

Il faut bien que je le note pour poster cette critique. Je vais me contenter de la moyenne supérieure, c'est à dire un bon 7/10, et on verra plus tard si j'ai une idée plus mesurable de sa valeur.

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