Cynisme au rabais

Avis sur The Big Short : Le Casse du siècle

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Et si le grand mérite de The Big Short était de ne pas nous perdre en chemin ? Il y avait pourtant matière en ce sens, la composante technique fumeuse et les multiples ramifications de son sujet pouvant refroidir, et j’ai moi-même cru devoir couper la poire en deux afin d’en digérer l’assimilation.

Mais que nenni, l’oscarisé meilleur scénario adapté déroulant finalement avec un certain brio son exposé éloquent, quoique dans l’absolu aux antipodes du divertissement jouissif : car si ses penchants didactiques, auréolés de facétieuses vulgarisations brisant le quatrième mur, illustrent bien une évidente volonté de clarifier au maximum son propos, il n’en demeure pas moins que The Big Short subit les affres d’un contexte impersonnel.

Nous contant en ce sens les dessous des dernières grandes crises économiques de notre siècle, le long-métrage d’Adam McKay est bien en peine de concilier efficacement l’envers documentariste de son récit à sa dimension romancée, à juste titre superficielle : portée par une galerie de protagonistes crédibles de par leurs implications respectives, l’esquisse d’approfondissement pour certains d’entre eux ne convainc pas, comme si le film était bien en peine de trouver un équilibre judicieux.

Néanmoins, sa démarche demeure louable : la balance entre toile de fond macroéconomique peu digeste d’un côté, et séquences explicatives à un niveau plus micro de l’autre, souligne un travail conséquent en termes d’adaptation (il s’agit originellement d’un livre de Michael Lewis, d’où une statuette méritée), ce qui corrélé à un esprit clairement pédagogique donne lieu à un récit de fil en aiguille prenant.

Doté d’une mise en scène fort heureusement pas plate, d’ailleurs joueuse comme inventive, The Big Short compense le caractère rugueux de sa thématique financière au moyen d’une approche formellement libérée : certes pas aussi irrévérencieuse que ne pouvait l’être un certain Loup, la formule fonctionne bel et bien, tandis que son casting proprement luxueux rehausse la sympathie que peut inspirer le tout.

Intrinsèquement, il convient au bout du compte de souligner la performance technique, sous bien des coutures, que revêt le film : car en dépit d’une sagacité que l’on jugerait faussement cool, celui-ci réalise une prouesse véritable de retranscription un tant soit peu divertissante, quand bien même le fond de l’affaire serait d’un barbant sans nom. Autrement, on pourra regretter que l’envers cynique comme hypocrite d’une telle « épopée » ne soit qu’effleuré, quand bien même il s’agirait d’un ressort anti-manichéen détonnant : au moins, The Big Short aura fait l’effort d’en esquisser les ambiguës contours, mais au travers d’un traitement trop sage par bien des aspects.

Bref, une agréable surprise par-delà un enrobage peu aguicheur, qu’il serait malvenu de ne pas conseiller ; eh puis, Steve Carell vaut certainement le coup d’œil à lui seul.

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