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Avis sur The Circle

Avatar Flaw 70
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Les films se centrant sur l'émergence des nouvelles technologies dans notre quotidien, l'évolution des réseaux sociaux et la mort imminente de toute forme de vie privée sont monnaie courante, et ce depuis un certain temps déjà. On y a vu donc au fil des ans des œuvres avant-gardistes, pertinentes dans leur satire où la réalité a même parfois dépassée la fiction. Que reste-t-il à dire sur ce sujet d'actualité qui régit de plus en plus nos vies ? C'est ce que va essayer de chambouler The Circle, adaptation du roman du même nom de Dave Eggers par James Ponsoldt, réalisateur qui s'est principalement fait connaître par son réussi The Spectacular Now, vraie réussite d'une carrière qui manque de mordant.

Un reproche que l'on pourrait d'ailleurs étendre à The Circle, qui dans ses réflexions pourtant assez intéressantes, se révèle d'une fadeur confondante. Mais ce n'est pas le seul défaut d'un film qui manque globalement d'imagination et qui n'a aucune idée de comment traiter de son sujet hors des sentiers battues. On passe en revue tout les clichés attendus de ce genre de film sur la technologie, avec la nouvelle venue dans une société à la vie très autarcique, très proche de la secte, avec le gourou qui prône l'ouverture mais qui cache lui-même des secrets et où la vie privée tient presque d'un rêve éloigné. On est clairement dans une caricature à mi-chemin de Google et de Facebook qui se déroule avec tout les "rebondissements" attendus et qui n'apportera que trop peu de surprises. Pire que ça, en plus de ne pas donner de substances à ces personnages ce qui rend très difficile de s'investir avec eux, le film porte un regard tellement détaché sur son sujet qu'il tombe sans mesure dans ce qu'il essaye de dénoncer. Même si le parcours du personnage principal se révèle bien plus trouble qu'espéré et qui pourrait mener à des questionnements assez passionnants, le film ne le remet jamais en cause et finit par montrer que les bien-faits de l'écroulement de la vie privée. Il ne tire jamais des leçons des erreurs de ses personnages, ou il n'apporte pas de perspectives inverses pour ouvrir un débat. On en reste avec une vision naïve et enfantine qui se montre au final terriblement dangereuse et aussi irresponsable que son personnage principal. L'outil bénéfique qui est pervertit une fois entre les mains de l'Homme et l'hypocrisie issue de la "bien-pensance" de ceux qui se veulent tolérant mais s'érigent en individus supérieurs qui n'évoluent que par le mépris et l'intolérance, sont aussi des thèmes égratignés par le récit mais qui n'ont jamais la place qu'ils méritent. Alors que c'est avec eux que ce situe tout le centre du problème, le film oublie l'humain au centre de la problématique.

Ce qui ne laisse au final que très peu de place au casting. Seul Emma Watson à la place d'exister dans le film. Malheureusement, c'est probablement elle qui convainc le moins. Dans son rôle de jeune femme intelligente, indépendante, féministe et soucieuse des autres, elle ne fait que jouer la partition qu'elle présente au monde. Elle fait uniquement du Emma Watson ici, il y a zéro travail de composition à tel point qu'il en vient impossible de parler de jeu. Elle en devient même agaçante tellement ce qu'elle essaye de faire ici paraît faux, elle n'a aucune alchimie avec le reste des acteurs et semble n'avoir aucune perspective sur son personnage. ll serait temps qu'elle prenne des risques dans son jeu sinon elle pourrait bien finir par n'être plus qu'une caricature d'elle-même. Tom Hanks et John Boyega auront eux des personnages au potentiel plus intéressants, et même si ils sont convaincants, ils ne sont pas assez creusés pour vraiment marquer. On ajoute à ça une mise en scène sans idées qui tente de jouer la partition du film branché jusqu'au bout avec ses incrustations de texto dans l'image, un côté voyeurisme pas du tout appuyé et des musiques pop pour correspondre à un certain type d'imagerie qui tend vers la pure embardée hipster. Le tout enrobé d'une réalisation sans saveur, déjà-vu et qui n'est plus à faire tellement elle apparaît ringarde et insultante pour le public qu'elle vise.

The Circle est une catastrophe. Basé sur un sujet en or dont il n'arrive jamais à tirer profit, James Ponsoldt prouve définitivement qu'il est un cinéaste qui manque de mordant. Sa filmographie s'impose comme gentillette quand il s'attaque à des sujets plus "légers" mais il est totalement malvenu lorsqu'il s'éprend pour des sujets plus sérieux. Car il est évident que The Circle est un projet qui lui tient à cœur mais il ne sait absolument pas comment gérer son propos ni son casting. En résulte un film mal traité dans ses thématiques, stérile dans son histoire et dangereux dans sa morale. Le tout ne pouvant même pas être un peu nuancé par une réalisation fade et très cliché ni même par un casting qui manque de place pour respirer. Une oeuvre qui se révèle donc plus intéressante pour les débats qu'elle peut susciter après visionnage car les questions sont bien là, mais en soi The Circle est un franc ratage.

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