Un western minéral au croisement des genres

Avis sur The Dark Valley

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Evoquant la classicisme et le mutisme d'un Pale Rider (1985) de Clint Eastwood ou le rythme lent d'un Ghost Dog (1999) de Jim Jarmusch, bénéficiant d'une photo que n'aurait pas renié Terence Malick, ce western venu d'Autriche nous prouve que le cinéma européen en général, et germanique en particulier, a beaucoup à offrir.

Sur un sujet trop rarement exploité car sensible, le viol et la consanguinité, voire l'inceste, le cinéma autrichien nous propose une plongée dans l'enfer d'un isolement quasi carcéral, au milieu d'une bourgade d'hommes se comportant comme des bêtes. Ce qui n'est pas rappeler le cinéma bis survivaliste des années 80's-90's (Absolum 2022, sorti en 1994 par exemple). A la grande différence que ce long métrage est porté par des acteurs confirmés et mis en scène par un réalisateur ambitieux.

Visuellement, ce métrage est une merveille, exploitant l'âpreté des cimes enneigées et l'aspect vaguement désertique des vallées isolées, la nature est un personnage à part entière du film, évoquant un milieu hostile, une impression permanente de dangerosité obligeant tout être humain à se réfugier au sein de la première communauté environnante. Or la communauté humaine, baignant dans ses rapports de force, ses instincts presque bestiaux, cadenassée par l'omerta évident de tout groupe humain vivant sur lui même et par lui même, ne fait elle pas figure d'un bien plus grand danger encore.

C'est là toute l'intérêt de ce film qui, conformément au cinéma austro-allemand, s’intéressent plus aux hommes qu'à l'action. Cette dernière n'est pas en reste, brutale, gore, soudaine, semblable aux hommes qui finalement règnent sur ces vallées. A noter un climax étonnant mêlant ralentis et musique électronique pour deux minutes d'étrangeté magnifique.

Il manquerait au film quelques dialogues supplémentaires pour fouiller le caractère des antagonistes, un héros plus cabossé et une meilleure structure scénaristique pour saisir le fil conducteur. A voir en VOST, absolument, tant la voix gutturale d'un Tobias Morretti (excellent mais sous exploité) apporte un plus à son charisme, au lieu d'une VF un peu trop fluette.

je lui mets un 7/10 sans sourciller.

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