Fête du cinéma 2012, acte IV : Une satire aussi politique que scatologique

Avis sur The Dictator

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Depuis son premier personnage en 2002, Ali G, le trublion Sacha Baron Cohen cachait toujours dans ses films de manière plus ou moins réussie une critique acerbe des Etats-Unis. Dans « The Dictator », le propos politique du film ne laisse pas de doutes sur les conclusions de Baron Cohen : les démocraties occidentales ont les mêmes méthodes que certaines dictatures orientales. D'où finalement la grande question : qu'est-ce qu'une démocratie et qui peut se vanter d'être démocrate ?

Dédié à l'ancien dictateur coréen Kim Jong-il, le film démarre en trombe. Visuellement, c'est même splendide que ce soit au niveau des costumes que des décors (le palais de l'amiral-général Aladeen). Dans son style habituel, Baron Cohen use et abuse de blagues parfois drôles parfois potaches. Les ressorts comiques ne fonctionnent pas tout le temps mais il faut bien lui reconnaître la volonté manifeste de faire rire les spectateurs tant le scénario regorge de gags.

Et même lorsqu'il se dédouble pour jouer à la fois le dictateur déchu sans barbe et son double idiot qui lui sert de remplaçant au palais, des répliques servent les deux personnages avec autant de réussite. Pour autant, l'humour n'est jamais fin et Baron Cohen préfère s'amuser dans des délires scatologiques que soigner ses dialogues politiques. Malgré cela, je dois bien avouer que le moment est plus que plaisant. En témoigne cette scène surréaliste que seul l'esprit détraqué de Baron Cohen pouvait écrire où Zoey et le général Aladeen, devenu simple citoyen, débutent une relation amoureuse, main dans la main, dans le vagin, parce qu'il avait oublié son téléphone portable, d'une femme prête à accoucher à l'arrière du commerce de Zoey !

Politiquement, le film est parsemé de trouvailles qui, dans un premier temps, critiquent les régimes dictatoriaux orientaux avant de critiquer les Etats-Unis dans une scène finale qui pourra paraître niaise pour certains mais qui assène tout de même quelques vérités. Une bien belle façon de remettre en cause l'impérialisme américain qui veut imposer au monde sa démocratie qui n'en est pas une. Une bien belle façon de remettre en cause l'arrogance de l'Occident. Pourtant, l'instant est court et le message politique est délayé dans l'intégralité du film où les blagues grivoises ont été légions.

« The Dictator » est un donc un film sans doute trop léger (mais au moins on rit beaucoup) pour que l'aspect politique y soit développé avec plus de succès. Cependant et pour conclure, je reste une nouvelle fois admiratif devant la promotion de Sacha Baron Cohen pour son film. Impossible de trouver une interview de lui, les journalistes n'ont pu qu'interroger le général Aladeen. On n'oubliera pas non plus le message de félicitations à François Hollande. À une époque où les acteurs enchaînent les films les uns après les autres, Sacha Baron Cohen est sans doute l'un des derniers, si ce n'est le dernier, à vivre avec et pour ses personnages. Si le film n'est pas parfait et loin de là, je ne peux que saluer ce concept cinématographique voué à disparaître.

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