Aux racines de la nature humaine

Avis sur The Forest of Love

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Une fois n’est pas coutume, aventurons-nous dans le catalogue de Netflix pour y retrouver Sion Sono et son dernier film, The Forest of Love. Une première incursion dans la filmographie du cinéaste japonais qui, d’après certains retours, promettait une escapade cinématographique des plus curieuses.

Il est vrai que, lorsque l’on met les pieds dans cette forêt, il est bien difficile de distinguer l’horizon. Au gré de notre progression dans ce dédale, les issues de multiplient autant qu’elles ne cachent de secrets. Car, à l’image d’une forêt, The Forest of Love part des racines, d’un arbre, pour, peu à peu, s’étoffer et gagner en amplitude et multiplier ses branches. On sait que nous avons à faire à un tueur mystérieux, à deux jeunes femmes et à des passionnés de cinéma qui souhaitent réaliser un film, et que leurs destins respectifs sont amenés à se croiser à un moment ou à un autre. Telle est la base de The Forest of Love, dans les grandes lignes, tout du moins.

Rapidement, le film se met à intégrer des flashbacks, en prenant, dans sa première partie, le temps d’introduire ses personnages, d’installer un contexte. Si cette introduction peut sembler relativement longue, elle est importante pour installer les enjeux soulevés par l’intrigue. Car, au fur et à mesure que le film avance, l’histoire laisse place à l’expérience, l’écrit devient quelque chose de beaucoup plus visuel et sensoriel, pour une plongée dans les tréfonds de la nature humaine. En effet, il va sans dire que The Forest of Love semble d’emblée installer une atmosphère assez curieuse, parfois presque onirique, avec cette narration décousue, ces enchaînements qui ressemblent davantage à des enchevêtrements, mais Sion Sono n’hésite pas à aller crescendo pour pousser toujours plus loin.

Murata est la clé de voûte de son film, il est l’élément perturbateur et le chef d’orchestre de cette symphonie morbide. Tentateur, charismatique, son influence naturelle le mène à séduire et à rallier à sa cause toutes celles et ceux qu’il rencontre. Femmes et hommes, il conquiert les unes et soumet les autres, il a les traits d’un homme, mais son pouvoir en fait le vice incarné, presque une incarnation du diable lui-même. D’un monde où chacun a ses propres faiblesses et souffrances, il fait un monde chaotique englouti sous un déluge de violence, de sang, de luxure et d’excès. Symbole d’une société patriarcale où les hommes dictent souvent bien trop facilement leur loi, où la virginité est un tabou, il écrase de son influence tous ceux qui le rencontrent pour façonner la société à son image.

Il est certain que The Forest of Love n’est pas le genre de film à mettre entre toutes les mains. Il demande à son spectateur de lâcher prise, d’accepter de s’immerger dans un bain de folie et d’excès, de tenir jusqu’au bout d’un périple éprouvant et nous confrontant aux limites du supportable. Une première rencontre avec Sion Sono qui m’a dérouté, au sujet de laquelle il est difficile de donner un avis tranché, à l’image, plus tôt dans l’année, d’un Midsommar. C’est la sensation de s’être confronté à une oeuvre étrange, singulière, qui ne peut laisser insensible, mais qui peut en laisser plus d’un sur la touche.

Critique écrite pour A la rencontre du Septième Art

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