A nos amours !

Avis sur The Gentlemen

Avatar Ricow Ray
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Il est là, enfin ! Tel qu'on aurait aimé le voir après Snatch. Guy Ritchie, de nouveau à son meilleur, ou plus simplement, de retour à ce qu'il sait faire le mieux : raconter une histoire de gangsters et petites frappes londoniennes aux multiples ramifications, à priori compliquée, mais simplifiée par une mise en scène complexe. Revolver avait été malmené par ses propres ambitions. Rock'n'Rolla manquait d'inspiration et surfait sur la facilité d'un savoir-faire. Passons les autres genres, recevons 200$, et arrêtons nous sur la case The Gentlemen (ou le film que je n'attendais pas).

Cette histoire d'amour pour les personnages et la mise en scène du gars Ritchie remonte à l'époque des vidéo-clubs. Arnaques, crimes et botaniques fut la première surprise marquante, petit ovni pour ma culture cinématographique, perdu au milieu de l'immense mur de petites boîtes vides qui m'appelaient toutes plus fort les unes que les autres. La lune de miel avec un réalisateur qui en deux films, Snatch un peu plus tard, me dressait un portrait assez exhaustif de ce que j'attendais d'un film de gangsters à la mise en scène inventive, à l'humour aussi impitoyable que ces protagonistes et où les bras-cassés finissaient bien souvent par l'être au sens propre face à la grosse pointure mafieuse qu'il ne fallait pas trop titiller.

Ici, les petites frappes sont reléguées à ce qu'elles sont. Dans The Gentlemen, les gros bonnets mènent la danse et s'organisent autour de la succession de Mickey King of the jungle Pearson, empereur américain de l'herbe au pays du temps de merde, Mary Poppins et bouffe dégueu comme disait Tête de brique.
Incarné par un Matthew McConaughey implacable, violent, impitoyable, infaillible malgré l'introduction et d'un aplomb diablement sexy, Mickey Pearson se double d'une aura perpétuelle. Même s'il n'est que le protagoniste d'une histoire à tiroirs, pendant une partie de l'intrigue, fantasme narré, marionnette d'une conversation imagée entre son homme de main (Charlie Hunnam électrisant de flegme) et un journaliste maître-chanteur (séducteur à contre-emploi et vieillissant Hugh Grant), il reste au centre de ce tournoi pour le contrôle du marché de l'herbe outre-manche.

L'occasion est trop belle pour Guy Ritchie qui nous ressert une pléiade de gueules, de personnages ultra-codifiées, allant de la mafia chinoise à une magnifique bande de jeunes boxers en jogging 3 pièces, qui, et c'est une constante, chatouillent la plante des pieds du mauvais gars. L'occasion aussi de voir arriver dans la danse un Colin Farrell, référent humour d'une intrigue où le rire ne vient pas toujours par les voix que l'on imagine.

Et à force de mélanger avec inspiration les ingrédients de sa propre recette "souvent imitée, jamais égalée", la mayonnaise prend sans surprise pour notre plus grand plaisir. La mise en scène atteint des sommets dans l'art de livrer de l'information en télescopant passé, présent et hypothèses, futur et certitudes. L'exercice de style est casse-gueule mais indéniablement maîtrisé pour notre plus grand plaisir. Et Guy (je me permets de l'appeler Guy depuis le temps) glisse même dans son propos un petit hommage à un cinéma qui se déroule sous nos yeux.
D'une scène maîtrisée et presque jouissive à l'autre, magnifique incursion dans un appartement de toxicos ou discussion sous tension entre Mickey et Dry Eye, The Gentleman déroule sans accrocs, défoule, détend, et nous rappelle que le chapitrage n'existait pas avec la VHS. Pour revoir une scène et s'en délecter encore et encore, il fallait rembobiner, vérifier, rembobiner, vérifier, rembobiner... Merde. Trop loin !

Un plaisir complet, emmené par des personnages bourrés de petits détails à la saveur irrésistible. Un film de Guy Ritchie en fait. Et j'aurais pu m'arrêter là.

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