Joie d’occire, plaisir de promouvoir

Avis sur The Gentlemen

Avatar Sergent Pepper
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Le créneau de Guy Ritchie est connu, et le réalisateur est de ceux dont la perspective d’un nouveau film peut fatiguer : on sait, dès la bande-annonce, quel sera le sujet (des gangsters), les ingrédients (un casting de all stars) et la sauce (un formalisme poussif). On serait donc plutôt tenté de passer son chemin, d’autant que le bonhomme mange à tous les râteliers et semble peu soucieux de proposer des projets dotés d’une véritable personnalité.

Pourtant, le bonhomme sut séduire à ses débuts, et il ne faut pas remonter très loin (en 2015, avec The Man from U.N.C.L.E.) pour lui reconnaître une certaine efficacité dans sa force de frappe. The Gentlemen se nourrit de la même énergie. Si les premières minutes inquiètent un peu sur les tics formels aussi essorés qu’irritant (en gros, je filme chaque objet évoqué en voix off dans un cut up / travelling avant), Ritchie sait rapidement trouver un équilibre en mettant son goût de la surenchère en sourdine, privilégiant ce qui fait chair et pour lequel il se révèle un scénariste de talent : la construction de personnages et la mise en place d’un récit.

Le charme britannique est l’essence même de son projet, et la galerie de figures proposée (Hugh Grant en roquet maître chanteur, Collin Farrell en coach pédago-criminel, Charlie Hunman en bras droit impavide) offre un terrain de jeu savoureux pour le yankee McConaughey, roi lion du marché de la marijuana qui doit composer avec d’encombrants impétrants à son trône. L’intrigue est certes un prétexte, et se noie quelque peu sur la fin à force de twists à répétition, mais là n’est pas l’essentiel.

Ritchie a toujours aimé raconter, et la construction de The Gentlemen repose entièrement sur ce plaisir. A la faveur d’une nuit de chantage, Fletcher raconte à celui à qui il veut soutirer une compensation tout ce qui a mené à sa détention d’informations compromettantes. C’est l’occasion de flashbacks à répétition, et d’inventions savoureuses en termes de restitution, qu’il s’agisse de digressions, de montage parallèles ou de construction (avec traduction du mandarin dans un script plutôt hasardeux), le tout agrémenté d’un méta plutôt malin, le maître chanteur ayant des vues sur l’adaptation de son récit en long métrage. Ce goût assumé pour l’artificialité se double en outre de références plus actuelles, notamment les vidéos YouTube et la dictature de l’image, où les téléphones deviennent des témoins bien plus gênants que les passants. Le fossé entre les générations, centralisé par cette ligne de conduite improbable du coach qui tente de maintenir dans le droits chemin les voyous sous sa coupe tout en jugulant leurs nombreuses incartades permet ainsi d’élargir encore le spectre d’un réseau où l’on trahit, on intrigue, on décapite et on congèle avec un souci constant de la prestance.

Savant point d’équilibre : c’est lorsqu’il prend son temps à des bavardages et à la fabrication de masques associés au pouvoir que Ritchie trouve l’alchimie au service d’un divertissement qu’on croyait moribond, mais qui garde encore de beaux restes en termes de séduction.

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