No emotion

Avis sur The Giver - Le Passeur

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Mince, Jeff produit carrément ! Ça veut dire qu'il y a croyait. Ou alors il s'est cru à une partie de poker.

C'est vrai qu'en soi, l'idée n'est pas mauvaise. Le film m'a même rappelé "La jetée" à plusieurs moments. Malheureusement le traitement est assez pauvre : peu de conflits, un travail des personnages assez superficiel et puis un sujet que l'auteur ne fait qu'effleurer. En effet, on aurait pu s'attarder réellement sur la tâche du Giver et sur ce que cela implique (le choc émotionnel) ou bien s'attarder sur cette société et donc le concept du film (plus d'émotions), mais il n'en est rien. Je ne sais même pas ce que ça raconte, tout s'enchaîne trop vite sans point de vue. Les personnages sont très peu creusés aussi, alors qu'ils ont chacun du potentiel.

La mise en scène fait également défaut. Si les scènes de dialogue restent correctes, les scènes d'action sont très mal découpées (la scène de la luge dans les escaliers ne prend jamais l'ampleur nécessaire pour transmettre le frisson de la glissade). Les flashbacks sont bien pourris, sans doute à cause d'une utilisation d'effets de style peu intéressants tant narrativement que graphiquement (horribles ralentis de post prod). Le jeu de noir et blanc/couleurs n'est pas assez poussé. Les effets spéciaux sont hideux au possible ; je ne comprends pas ces gens qui se lancent dans ce genre de film sans avoir les moyens d'offrir quelque chose d'un minimum beau CGI-ement parlant ou bien ayant assez d'ingéniosité pour passer outre le manque de budget. Les acteurs ne sont pas mauvais mais les petits jeunes n'ont pas vraiment une bonne gueule sauf le copain pilote de drone) ; Meryl et Jeff s'en sortent bien (j'aime bien la coupe de cheveux de Jeff).

C'est bizarre, j'ai eu l'impression que le film était sexiste. Parce que les femmes sont présentées comme des méchantes trop à cheval sur les règles. Il y a pourtant les deux potes qui viennent changer la donne : la copine est cool tandis que le meilleur pote devient un connard. Mais à part ça, constater que le père est un type sensible alors que la mère ne sait dire que 'précise ta pensée', ça fait un peu bizarre (c'est ptet aussi de peur que Katie Holmes n'arrive plus à délivrer plus de deux lignes après autant d'absence du grand écran?). Mais bon, ce n'est pas grave, chacun est libre de penser ce qu'il veut. Je me dis même que le cinéma est une aubaine pour un type qui a de forte convictions politiques car il peut ainsi imaginer le monde dans lequel il aimerait vivre, tant pis si ça fait propagande.

Bref, un film de sci-fi qui part d'un point intéressant mais dont les traitements dramaturgique et scénique se révèlent bien trop pauvre ; bizarrement, malgré tous les défauts cités, on ne s'ennuie pas trop, sans doute grâce à un rythme correct et au fait que même s'il ne se passe rien, les auteurs donnent l'illusion qu'il se passe quelque chose par le biais de fausses pistes.

PS : Il semblerait que Jeff ait tenté de produire ce film pendant 20 ans avant que ce film ne sorte (il a donc voulu adapter le bouquin un an après sa sortie et en a vite acquis les droits) ; en fait, il aurait tourné une version avec sa famille, son père Lloyd jouant le passeur. Le film devrait traîner quelque part dans son garage aujourd'hui... je serais bien curieux de voir ça !

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