La vie à coté.

Avis sur The Grand Budapest Hotel

Avatar B-Lyndon
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Dès le début, on sait que l'on aura affaire à un film qui en impose esthétiquement, tant tout ce qui se trouve dans le cadre semble directement sorti du cerveau de Wes Anderson, pensé et mis en forme par lui dans une sorte de contrôle absolu - et c'est indubitablement ce qui me plaît chez les esthètes de son genre, mais c'est aussi une limite, quelque chose qui bloque considérablement l'envolée du film. Je trouve le film incarné, mais de peu, juste comme il faut, bien aidé par son casting survolté, la truculence de Ralph Fiennes ou la folie inquiétante de William Defoe. A des instants, le film est tout proche de réussir son pari mais il demeure toujours sur la corde raide entre fétichisme et précision. Lorsqu'il est dans la précision, le film sait faire vivre le hors-champs, sait produire autre chose que son propre système et cela donne des scènes, des moments, des idées très réussies. Mais quand il penche du côté du fétichisme, alors le film, à ma grande surprise, s'écroule vraiment : je pense par exemple à cet étonnant prologue, mise en abyme de mise en abyme de mise en abyme, mise en scène de mise en scène de mise en scène ; astuce que je trouve très complaisante du regard du cinéaste, pour ne pas parler de "pose". Et je crois qu'au final, c'est bien le fétichisme qui l'emporte ici.
En réalité il me manque dans cet réussite formelle incontestable quelque chose qui échappe à Wes Anderson, des espaces, du vide, des moments de latence et de respiration. Il y a quelque chose de très beau dans l'idée de ce film, c'est cette traversée de ce décor de carton-pâte à travers le climat des guerres, un pied dehors, dans le froid et la destruction ; l'autre sur la moquette de l'hôtel. L'idée du temps qui passe malgré tout, des façades qui changent mais qui survivront pour témoigner, des jeunes lobby-boys qui resteront pour raconter leur histoire et l'histoire de leurs pères aux fantômes de passages. Mais tout ça reste sur le papier et cela m'étonne vraiment d'Anderson. Parfois, le cinéaste tente l'émotion mais se rate, pas parce qu'il ne sait pas faire naître l'émotion, mais, chose plus problématique, que l'émotion ne va plus avec la précieuse mécanique du film. En regardant Moonrise Kingdom, j'étais impatient de voir vers où se dirigerait le cinéma de Wes Anderson, style s'affirmant et mélancolie grandissant. Aujourd'hui, je suis déçu, car le style et la mélancolie de ce merveilleux cinéma se sont perdus de vue et ont cassé leurs liens : soignée et pensée jusqu'au plus profond du cadre, l'atmosphère de The Grand Budapest Hotel à l'étrange odeur d'une mélancolie manquée, d'une vie restée à coté de l'hôtel, les deux pieds dans le froid.

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