Grandeur et décadence de l'hôtellerie est-européenne...

Avis sur The Grand Budapest Hotel

Avatar Phil Dela
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Wes Anderson raconte une histoire. L'histoire d'une jeune fille, qui lit un livre. Un livre raconté par un écrivain âgé, accompagné de son jeune enfant jouant à ses cotés. L'écrivain raconte un séjour qu'il a passé dans un hôtel jadis glorieux. Pendant ce séjour, le propriétaire de l’hôtel raconte à l'écrivain comment, de Lobby Boy, il a acquit cette propriété. Le film commence par ces poupées russes narratives, de l'histoire qui raconte l'histoire d'une histoire. On a la sensation, dans ces premières scènes, d'une plongée dans les diverses couches de la narration.

Mr Gustave est concierge dans un célèbre hôtel de luxe. Une classe toute britannique que ne viennent pas entacher les ''fuck'' qui jalonne son discours. Efficace, discret et dévoué, il n'hésite pas à... donner de sa personne avec ses clientes âgées et fortunées. Si bien que le jour où l'une de ses ''amies'' décède dans des circonstances mystérieuses, Mr Gustave se voit hériter d'un tableau d'une valeur inestimable. S'en suit donc les jalousies de la famille de la défunte, des soupçons de meurtre, un emprisonnement et une course poursuite pour sauver sa peau et prouver son innocence.

Le cinéaste aime à s'amuser lorsqu'il réalise son film. Et ses acteurs avec lui (Wes Anderson fait partie de ces quelques réalisateurs pour lesquels les membres de sa famille d'acteurs, qui s'accroit de film en film, semblent être prêts à apparaître pour une simple scène avec trois lignes de dialogue). On se joint volontiers à eux.

Les décors superbes et cartoonesques, de région montagneuse et d’hôtel de luxe au charme suranné. Des personnages de BD, aux traits et aux costumes surexposés. On perçoit une forme d'inspiration tintinesque (la République de Zubrowka, à l'est de l'Europe, fait penser à la Bordurie d'Hergé), les militaires sont à la fois absurdes et effrayants, alors que la guerre est en train d'éclater, sans pour autant sembler faire une victime (...). Anderson alterne les plans fixes (on dirait parfois du Kaurismaki) et les travellings latéraux, les plans qu'on croirait sortis d'un jeu vidéo (le plan de la poursuite en ski, genre de plan déjà utilisé dans Mr Fox).

L'histoire d'aventure évoque un certain nombre de grands fléaux du XXe siècle : la montée du fascisme, les soupçons perpétuels envers les immigrés, le manque de vin de qualité acceptable dans les wagons restaurant, les lacunes du système pénitentiaire, la dangerosité des pistes de ski non balisées et des portes que l'on ferme d'un coup sec, les erreurs judiciaires et les coupables tous désignés, les légendes urbaines qui nous font croire que les chats retombent toujours sur leurs pattes, les fourberies de héritiers, la prostitution de luxe qui ne dit pas son nom et dont abuse les seniors VIP, la déliquescence des plus grandes institutions hôtelières, le communisme soviétique. Mais bon, soyons francs, elle est surtout un prétexte, à situations cocasses et à trouvailles de mise en scène. Et ça fonctionne plutôt bien.

ps: en bonus, une petite pépite sur l'obsession d'Anderson pour la symétrie. http://vimeo.com/channels/staffpicks/89302848

pps: en bonus de bonus, je viens d'apprendre que Wes se mettait au porno: http://www.brain-magazine.fr/article/page-pute/19094-Du-porno-selon-Wes-Anderson

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