The Great Ecstasy of Robert Carmichael

Avis sur The Great Ecstasy of Robert Carmichael

Avatar Velvetman
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Robert est un adolescent qui vit seul chez sa mère sans que l’on sache ce qu’est devenu le père. Il joue brillamment du violoncelle, est brillant à l’école mais semble malmené par ses camarades de classe où les garçons le prennent pour un faire-valoir et où les filles le regardent comme un pervers. Son tain est livide, il est peu avare en parole, et se détache petit à petit du cadre scolaire pour trainer avec une bande de lascars avec qui il fume de la came et où l’effet de groupe aura des répercussions irréparables sur ses agissements futurs. L’adolescence ne se parcourt pas sans obstacles, et The Great Ecstasy of Robert Carmichael est le portrait d’un jeune lycéen dont l’environnement étouffant aura raison de ses actes. Est-il seul responsable, est-ce l’agissement de la drogue, est-ce les conditions d’existence qui font de lui ce qu’il va être. Thomas Clay ne donne pas réellement de réponse, mais dresse juste un constat sombre, où aucune fuite n’est possible. Dans une région brumeuse et miséreuse, les virées entre potes faites d’alcool et de drogue sont peut être les seuls moyens pour partir à l’aventure et davantage se construire et se connaitre soi-même. Le film de Thomas Clay est tout sauf aimable, impose sa froideur dès le début du long métrage avec ses longs plans séquences fixes qui s’apparent presque à des peintures dessinant les contours d’une petite ville britannique qui sous sa monotonie sociale et culturelle cache au plus profond d’elle-même, une violence qui ne demande qu’à s’extraire de l’indigence qu’elle véhicule jour après jour. Le chômage prédomine chez une classe moyenne au destin plus que flou, les liens entre les générations s’obscurcissent ou s’intensifient à l’image de ses deux jeunes étudient prêtent à s’offrir à leur professeur de classe, la prière à l’église ou les concerts collégiaux ne suffisent pas pour distraire une population amorphe de tout bonheur.

Le réalisateur, sans donner son avis ni de jugement moral, dépeint un tableau morose et sanglant de cette jeunesse anglaise aveuglée. Une adolescence au vague à l’âme aucunement contemplatif mais à la haine destructrice, sans états d’âmes ni valeurs morales profitant sans règles ni lois des choses qui lui tombent sous la main, comme durant cette scène de shoot chez les dealers, se finissant implicitement et en arrière-plan en viol collectif. Scène, qui n’est pas sans rappeler l’une des scènes chocs de Despue de Lucia de Michel Franco (2012). Malgré son aspect lorgnant vers une critique sociale s’appréhendant comme du Ken Loach, le réalisateur s’en détache très rapidement en insérant aucun sentiment ni empathie pour ses personnages. Thomas Clay a appris ses leçons par cœur, le style épuré de sa mise en scène rugueuse et sa narration ponctuée de morceaux de bravoures qui éclaboussent son film d’une violence sèche et exécrable font directement penser au réalisateur autrichien, Michael Haneke. Thomas Clay écarte toute possibilité de happy end et c’est le moins que l’on puisse dire, signant une fin monstrueusement glauque et acerbe convoquant les fantômes de Funny Games voire même d’Orange mécanique. Derrière une beauté visuelle saisissante, la singularité de The Great Ecstasy of Robert Carmichael qui s’intéresse à la difficulté de la jeunesse à s’affranchir du monde adulte provient de sa volonté de vouloir déstabiliser son auditoire à coup d’uppercuts visuels qui gisent entre réalisme coupant comme du rasoir et grotesque complaisant ne sachant pas trouver ses limites. Pour un premier long métrage, Thomas Clay fait preuve d’une certaine maturité dans ses effets de style avec une narration lente mais perpétuellement tendue engouffrant son film dans le malaise et une folie irréversible imprégnant une jeunesse regardant l'horizon avec une perplexité et une distance dévorante.

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