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The Greatest Showman par LuluCiné

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Oh la la. Ma maman m’avait prévenu : « C’est un peu cucul », certes j’en conviens mais Moulin Rouge avait de quoi en glacer plus d’un lors des ses vingt premières minutes.
Alors on se rattache au scénario, en se disant gentiment que la niaiserie cache une histoire plus dramatique. Et puis il y a le mot Freaks, ce qui vous a tant convaincu de laisser Hugh Jackman vous emporter.
Sauf que de Freaks il n’en est rien ; j’ai même trouvé assez affligeant qu’on porte en gloire un mec comme Barnum. Tenter de le rendre plus humain, ok, mais de là à en faire une figure d’humanité c’est pousser le bouchon très loin. Parce que, quand bien même vous ne connaîtriez pas le monsieur, avouez que faire passer en douceur que Phineas monte un show pour croire en ses rêves tout en exploitant la difformité de certains, c’est quand même un peu gênant. Le pire c’est que les freaks en question ne sont même pas savamment représentés ; entre des acteurs grimés et une troupe brassée dont on ne sait pas ce qu’ils ont de différent, on est en droit de se demander pourquoi autant de superficialité. En fait je pense que le film n’assume pas entièrement son sujet mais soutient plutôt sa naïveté, du coup puisqu’on préfère la part magique du show autant se contenter d’une femme à barbe, d’un nain, ou d’un géant. La troupe n’a d’ailleurs pas le droit à l’individualité, prônant eux-même ce sentiment d’unité familiale. Les malheurs de ses personnages n’ont pas le droit d’entacher la jolie couverture du personnage principal. Enfin sauf pour une histoire d’amour construite en trois plans, aussi bien écrite que la critique raciale qu’elle se persuade de dénoncer. En même temps, la fille est noire (enfin moins que son frère) et elle s’amourache d’un blanc bec bourgeois, ça fait mauvais genre. On en profite pour égratigner au passage l’aristocratie qui ne comprend guère le talent de Barnum ; vilains bourgeois mais aussi la vilaine populace qui crache sur la différence, mais d’où vient donc le public qui fait ton succès Phinéas ? Les scénaristes n’ont pas pris le temps de lui expliquer.
Bon j’aurais envie de vous dire de faire l’impasse sur le scénario et de se concentrer sur le genre du film ; c’est vrai quoi au moins la comédie musicale est-elle à la hauteur ?
Dès les premières minutes, je sens que ce n’est pas gagné : la danse est sacrifiée au profit du montage. Le cut rapide ça donne le tournis et ça envoie de la couleur mais sans apprécier pleinement le mouvement. Vous ne verrez aucun numéro de danse dans son entièreté. En même temps, vu la qualité des danses, on est plutôt ravi de ne pas en voir plus. Quant à la musique, on ne peut que déplorer que cette pop effroyable remplace une musique plus adaptée à l’époque. Si le décalage ne me déplaît pas de manière générale, il est ici souvent insoutenable ; jusque dans un numéro d’Opéra, qui aurait pu me réconcilier, elle s’invite à mon plus grand regret. Les paroles vendant du rêve à n’en plus finir, sous couvert d’écrin rose et de pétales de fleurs finissent d’anéantir mes espoirs. Moulin Rouge, ou plus précisément Baz Luhrmann, a beau être déconcertant, The Greatest Show Man n’en est qu’affligeant, parfois à la limite de la gêne.
Vous pouvez ne pas être d’accord avec ce que j’ai vécu, c’est votre droit, mais en toute subjectivité j’ai assisté à un des pires films de l’année ; et qu’on ose la comparaison avec La La La Land me sidère quelque peu. Les hommages du film de Chazelle transparaissaient derrière chaque titre, chaque plan, assumant une part hollywoodienne autant que française dans sa direction artistique. Et on croyait vraiment à cette histoire, qui sous couvert de bonheur, assumait pleinement sa partie dramatique. The Greatest Show Man, sous couvert de raconter une réalité altérée se contente d’appliquer des recettes commerciales sans jamais explorer la part dramatique que le film aurait pu porter. Le jugement vient de Phinéas lui-même, pris dans sa course folle au capitalisme, il saura rebondir sans perdre son humanité. Si c’est pas beau autant de connerie.
Reconnaissons au moins cela au réalisateur, l’art d’atténuer la cruauté et la cupidité pour redonner toute sa noblesse à un personnage qu’on a sûrement mal considéré, n’est-ce pas ?
Ça me fait de la peine pour Hugh Jackman quand même.

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