D'accord, ma soeur elle aime bien

Avis sur The Greatest Showman

Avatar etiennetar
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J'entends souvent parler de ce film comme d'un "Film génial", "Vraiment super", "Trop Bien" et autres déclarations affirmées le sourire aux lèvres et des étoiles dans les yeux. J'exagère à peine. Alors qu'est-ce qui moi, pauvre rabat-joie que je suis, trouve de si désespéramment mauvais dans ce Biopic/ComédieMusicale/BandedémopourHughJackman ?
Ce film est sans aucun doute du bon spectacle, à voir en salles pour plus de frissons. J'ai même eu un sentiment plus enjoué à la fin du film qu'au début. Mais ce (très) léger sourire était accompagné du terrible sentiment d'une culpabilité infâme, celui d'avoir vu un clip de pop et de l'avoir pris pour un film méritant une palme d'or. Alors, qu'y a t'il donc de si terriblement insipide ?
Ce qui me saute aux yeux, c'est la construction du scénario. En fait, c'est simple, quand tu étudies comment faire un scénario, on te donne pléthore de bouquins qui te racontent les "12 étapes indispensables pour écrire un bon scénario". Très beau moyen de faire un film bateau, et surtout, beau moyen pour un scénariste d'inventer une intrigue artificielle quand il n'a pas spécialement de message à faire passer où de réel envie de raconter quelque chose qui lui tient à cœur. Donc, dans ces étapes, il y a "L'établissement du désir du héros", "L'obstacle" et "La résolution". Pour la faire courte. Mais vous voyez où je veux en venir ? Dans ce film du Greatest Showman, on commence par une scène où le héros chante son rêve, une scène où vraiment, tout va mal et une scène où tout va d'un coup vraiment beaucoup mieux. Un homme sage a un jour dit (Billy Wilder) : "The more subtle and elegant you are at hiding your plot points, the better you are as a writer". Pendant ce temps là, le film nous balance :
"I close my eyes and I can see
The world that's waiting up for me
There's a house we can build
Every room inside is filled
With things from far away"
Là je vous dis que le héros veut inventer le cirque et ma réputation d'analyste est faite, achetez mon magazine. Ici, le problème n'est pas seulement que ça manque (clairement) de la subtilité et élégance dont parle Wilder, mais surtout que niveau imagination dans le développement du personnage, ça ne va pas très loin. D'où lui vient cette envie ? D'où lui est venue l'idée, et d'où vient sa détermination ? Première étape, désir du héros, c'est un raté. C'est en fait un immense rien du tout. Passons rapidement sur les obstacles, artificiels, résolus sans problème (encore une fois le scénariste rate tous les conseils préconisés par les scénaristes un peu pointus), et une résolution qui comme par miracle, bah, résout tout du coup, comme ça, du type "J'ai demandé pardon à ma femme et là ça va mieux". Passons également sur la romance "Intrigue secondaire typique", qui bien concrètement n'a aucun lien avec l'intrigue principale, et qui n'a aucune personnalité, originalité ou même honnêteté. En fait c'est juste deux corps d'acteurs qui se regardent, et puis hop yen a un qui se sacrifie pour sauver l'autre et les deux acteurs sont maintenant ensemble, vraiment ya rien d'autre je me souviens à peine de les avoir entendu parler ces deux-là. Et non, ce n'est pas une recherche sur l'amour sexuel bestial entre deux personnes qui s'attirent au-delà de leur personnalité, faut pas pousser quand même. Et quand je parle de ces défauts de scénario, ça peut paraître abstrait quand je parle de manque de personnalité où d'honnêteté mais le résultat vous le voyez autant que moi, c'est que quand à la fin ça va mieux, on ne peut pas dire qu'on le voit venir parce que du coup ça vient de nulle part, tout comme les obstacles, mais surtout ça nous paraît pas logique, ni intelligent, ni bien trouvé. (À titre de comparaison, regardez la fin de A History Of Violence et croyez moi, vous n'apprécierez plus jamais un dénouement comme ça). Et résultat, on s'en fiche. Pire que ça, on est tellement bassinés de films hollywoodiens où tout va mieux parce que les héros se sont retroussés les manches et ont dit très fermement qu'ils étaient motivés, que au-delà du message philosophique (qui est du style : dites que vous allez vous améliorer et ça veut dire que ça va marcher), et bien au final on trouve ça normal une histoire qui finit bien. Alors qu'à la base, quand ça finit bien, on est censé être heureux, non ? Mais pour être heureux, il faut avoir pensé que ça risquait de mal finir. Et dans ce film, puisqu'il ne suit aucun développement logique, ça aurait pu mal finir, mais ça aurait été autant un caprice du scénariste que cette fin heureuse.
Tout ça pour dire que niveau scénario il n'y a rien à garder, forcément l'émotion manque. Et pour ceux d'entre vous qui on été émus par le film, posez-vous la question : Une musique pop pas trop mal fichue, ça vous a pas émus aussi ? Y a pas à chercher plus loin, le film a juste couplé une musique putassière avec une image de bisou, câlin et votre cerveau a mixé les deux.
Parlons des musiques. Un soir, mon frère m'a fait écouter une reprise de "A million dreams". J'ai trouvé ça super. Et bien disons qu'ayant déjà compris la niaiserie des paroles, mais ayant aussi vu à quel point c'était mal servi dans le film, par la mise en forme de la musique, mais aussi la manière de chanter des acteurs, par les visuels, par la scène en elle-même, et bien je l'ai supprimée de ma playlist. J'avais honte.
Par contre j'ai gardé The Greatest Show dans ma playlist. Parce que finalement, ce film n'est bon que lorsqu'il assume pleinement sa valeur de divertissement bête et de livre un déluge d'images en mouvement et de musique.
En bref, ne regardez pas ce film, vous risqueriez de passer un très mauvais bon moment.

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