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"La photographie c'est la vérité, et le cinéma, c'est la vérité, 24 fois par secondes", J.L. Godard. Au delà du simple plaisir de citer l'un des plus grands réalisateurs, le choix de cette citation n'est pas anodine. The Guilty est un film qui essaie de nous faire ressentir une réalité : celle des opérateurs de la police. C'est d'ailleurs ce que je trouve le plus défaillant : le film aurait pu se permettre beaucoup plus de travail du réalisme. C'est donc autour de l'axiome fondamental du film que je vais axer ma critique : le travail du réalisme dans la forme (I.) puis du travail de l'intrigue (II.).

I. Du travail du réalisme
La première chose que je trouve formidable dans ce film est son parti pris du huis clos : le film ne nous montre pas la vie d'un personnage, mais bel est bien un passage de son existence. Un événement parmi des milliards d'événements. On s'en demande qui est le personnage du film : l'opérateur ou son bureau ? L'idée, loins d'être révolutionnaire, n'en demeure pas moins riche de sens. Le film arrive à créer une tension
Ce que je trouve dommage, c'est l'absence de plans séquences. Je trouve que l'usage de plans séquences, même de quelques minutes, auraient permis une bien meilleure transposition du réalisme, pour une tension bien plus présente. Le problème du Cut est qu'il nous éloigne de l'action, il nous rappelle le contrat passé avec le réalisateur, et fait disparaître la tension pour un sentiment de bas-étage.
Les couleurs du film ont elles aussi un aspect réaliste, mais je trouve la colorimétrie assez pauvre. Seule la scène dans le noir avec la lumière rouge arrive à nous renvoyer à l'angoisse claustrophobe comme dans les films de sous-marin, là où le reste des plans a une couleur assez oubliable.

Concernant la fin du film, je trouve très intéressant d'arrêter la caméra au seuil de la porte, comme si sa mission s'arrêtait là. Comme dans un reportage d'investigation, la caméra nous montre UNE réalité, pas LA réalité. Concernant la fin, j'aurais tout de même trouvé plus intelligent de finir la scène par un travelling arrière, afin de ramener la caméra au coeur de l'action et du monde de cet emploi.
En effet, c'est là ma principale critique contre le film : le film, au lieu de bien réaliser une tâche, essaie d'en faire d'autres, comme par exemple essayer de faire une évolution au personnage.

II. Du travail de l'intrigue
J'ai l'impression que le réalisateur voulait parler de quelque chose, avait un sujet, mais qu'il s'est trouvé forcé à devoir, peut-être parce que sinon le film aurait été trop court, ajouter des intrigues secondaires. Alors que le postulat était "un opérateur tente d'empêcher la commission d'une infraction", le film a dérivé sur "un ancien flic raciste cherche une repentance au travers d'une autre affaire". Cette idée est d'ailleurs très intéressante. Pour faire simple, on découvre au cours du film que l'opérateur est un ancien flic qui a essayé de rendre justice lui même parce qu'il jugeait que la justice des tribunaux n'était pas suffisante. Et l'intrigue du film reprend la même forme : au lieu de laisser travailler la police, l'opérateur prend les devants, se croit supérieur au système. C'est une grande originalité scénaristique de nos jours. Alors qu'on nous gave de films emplis de super-héros invincibles, indestructibles, immortels, qui ne ressent pas la douleur... là, on a un homme qui veut rendre justice à la place de la société, mais qui se retrouve à faire tout l'inverse : l'homme n'est rien seul, il n'est qu'un danger pour les autres (d'où l'intérêt de se mettre en société, cf. Hobbes).
Une deuxième idée hélas trop peu abordée est celle de l'éternel retour, avec l'idée que la personne recommence perpétuellement, elle refait les mêmes erreurs, a les mêmes défaillances....
Cependant, alors que ces idées sont très intéressante et peu exploitées dans le cinéma actuel (tout du moins dans les grosses productions), avec l'idée d'un homme qui n'est qu'homme, qui fait de graves erreurs et qui condamne la vie des autres par ses mauvais jugement, le réalisateur n'arrive pas à assez pousser le concept pour qu'il ressorte bien du film, et nous offre à la place une sorte de mélange un peu trop hétéroclite, avec des passages où on nous parle de divorce etc...
A mes yeux, le défaut du film est la repentance du personnage principal, le fait qu'il se rende petit à petit compte qu'il est responsable de ses actes. Certes, cette idée suit l'idée classique de l'histoire qui est au service du personnage; mais à mes yeux ce film aurait dû être tout l'inverse : un personnage au service du monde.

Pour ceux qui n'ont pas vu le film, vous pouvez vous arrêter là (même si je trouve assez inintéressant de lire une critique plutôt qu'un avis avant de voir le film)

Concernant le twist du responsable du meurtre de l'enfant, je trouve dommage qu'il n'ait pas été accompagné par de petits indices par ci par là. Pas de quoi deviner avant la révélation, mais assez pour se dire "putain je suis con, j'avais tous les indices sous le nez depuis le début, et pourtant j'ai jugé sur mes sentiments au lieu de juger sur ma raison, j'ai fait une erreur, et j'ai créé une situation très complexe" comme aurait dû le ressentir le personnage.

Enfin, je trouve que le film arrive plutôt bien à amener un coté malsain avec le personnage de la mère qui tue son enfant mais qui n'est pas pénalement responsable (même si c'est aux tribunaux d'en juger (je suis supérieur aux tribunaux, c'est écrit c'est vérifiable)).

Bref, en résumé, ce film est une bonne surprise, et j'attend de voir les prochains films du réalisateur pour mieux comprendre la volonté derrière celui-là.
A voir.

thomas_24
8
Écrit par

il y a 2 ans

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