Tunnel rats

Avis sur The Last Squad

Avatar Wykydtron IV
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Pour son premier film de guerre, Uwe Boll a quand même un budget conséquent : de grands décors, des hélicos, et les droits pour la chanson "In the year 2525". Je me demande toujours comment des gens peuvent continuer à financer les oeuvres d'un homme qui s'est fait connaître avec "house of the dead" et qui a enchaîné les films démolis par la critique, et à juste titre.
Ce n'est pas si mal néanmoins, ça a permis quelques fois au cinéaste de montrer de quoi il est capable quand il fait des efforts. Il y a eu Postal déjà, chef-d'oeuvre indéniable.
Dans Tunnel rats, Boll montre certaines qualités. Simplement par l'image, il pose directement les thèmes du film : on suit quelques soldats qui se déplacent parmi la végétation, et un travelling vers le bas nous fait passer sous le sol pour voir un soldat ramper dans un tunnel. Mais encore en dessous, c'est là que se trouve l'ennemi.
Et il y a des rats dans le tunnel, en plus (got it ?). Forcément, Boll ne fait pas vraiment dans la légèreté. Sur le travail de l'image non plus : au début du film tout est grisâtre, avec quelques tons bleus ou verts.
Uwe Boll c'est quelqu'un de rentre-dedans au contraire. D'ailleurs, sans lui aux commandes, le même sujet aurait été traité de façon bien moins trash. Je pense qu'une des choses qui a intéressé Boll, c'est de pouvoir s'amuser avec pleins d'effets gores grâce à cette histoire de guerre. Les FX sont impressionnants, on a un cou joliment transpercé, des jambes et des ventres explosés de façon irréaliste, les trucages sont beaux, même si on voit parfois trop clairement que les personnages sont disposés en fonction de ça, on a des types qui restent sur place comme s'ils n'attendaient que de se faire tirer dans la tête. Heureusement le montage fait passer ça pour les spectateurs distraits.
Avec tout ce gore, la limite entre ce qui est gratuit ou non est fine. Pour moi elle est franchie lors de cette pendaison qui crée une plaie énorme dans le cou du condamné, d'où jaillit du sang en abondance. C'est le genre de chose qui ne colle pas avec l'envie de sérieux du film et m'en fait sortir, gâchant aussi l'émotion que Boll voudrait présente.

Uwe Boll essaie visiblement de faire un film grave et dramatique sur la guerre du Vietnam, en traitant d'un sujet un peu oublié par le cinéma jusque là. Il s'est attelé au scénario pour ce faire, et il m'apparaît que c'est moins facile que d'écrire une comédie délirante comme Postal.
Les moments d'émotions sont forcés, direct on a ce type qui pleure en voyant le pendu, ça arrive trop tôt dans le film pour qu'on se dise comme lui que le Vietnam c'est horrible, etc. Peu après, une nouvelle recrue vient se présenter aux autres, et il dérive presque de suite dans la discussion pour parler de sa mère malade, qu'il espère revoir, blablabla. En plus à chaque fois on a cette musique typique de "moment émotion", c'est abusé.
C'est un peu pareil pour les moments de tensions, qui arrivent d'un coup, sans qu'on les ait vus venir. Lors d'une dispute, j'ai cru que les personnages blaguaient tout simplement, donc aucune tension ne s'est bâtie progressivement. Comment je sais c'est censé être un moment de tension alors ? La musique nous l'indique.
La faute vient aussi de dialogues nuls, qui passent aussi d'une chose à une autre n'importe comment. Un mec parle d'une équipe de foot, et en jouant sur le double sens du mot "franchise", Boll trouve un moyen de faire enchaîner son interlocuteur sur son projet d'ouvrir un fast food. On voit là que Boll veut nous faire en apprendre davantage sur ses personnages, pour qu'on s'y attache, mais c'est fait de façon trop factice.
Out of nowhere, après une discussion un peu tendue, un des troufions évoque un souvenir avec sa sœur, etc.
C'est la même chose quand Boll veut montrer de la camaraderie entre les soldats, comme dans n'importe quel film de guerre, mais en moins bien. Un type réclame à un autre de lui verser de l'eau dans sa douche, et bizarrement sa réaction en étant douché c'est de demander si l'autre a pissé dans l'eau. Hein, quoi ? Mais pourquoi il dem... c'est quoi cette réaction ?

Après qu'une Vietnamienne ait tué un soldat US, Boll pense à la suivre un peu, histoire de ne pas faire d'elle qu'une ennemie dont la seule fonction est de décimer les protagonistes, mais d'en faire un personnage à part entière. C'est une attention honorable, d'autant plus que les Vietnamiens avaient l'air creux lors de la première prise de parole de l'un d'eux, qui dit juste "on va attaquer cette position" et "si nous mourons, ce sera avec honneur", deux phrases presque clichés donnant l'air de ne servir qu'à faire dire quelque chose à ces personnages, pour combler un vide.
Les personnages manquent quand même de profondeur en fait ; dans le cas d'un Viet mourant qu'on n'a vu que quelques minutes, le réalisateur pense qu'il suffit de placer la photo d'une femme dans sa main pour que ça change quelque chose.
Ce qui m'apparaît dans ce film comme étant le plus intéressant, et le plus pertinent, c'est ce qu'Uwe Boll a dû trouver dans des livres d'histoires, des infos relevant du détail disséminées dans Tunnel rats : un soldat dit à un autre de ne pas fumer car quand il se retrouvera dans l'espace confiné des tunnels on pourra le repérer à l'odeur ; un officier se sert d'un bâton autour d'une dalle recouvrant l'ouverture d'un tunnel, précisant qu'il n'utilise pas son couteau pour éviter de déclencher des pièges.
A défaut d'avoir une bonne écriture, le film tire avantage du caractère intéressant simplement rattachés au sujet abordé. Les tunnels trouvent une très bonne fonction dans le film, ces plans resserrés qui durent un moment, sur un personnage allongé dans le noir, éclairé par une seule petite source de lumière, rendent presque claustro à force, c'est bien efficace.
Et étonnamment, rien qu'avec les tunnels, on se retrouve avec des situations aussi variées que les dangers présents dans ces sous-terrains : pièges, inondation, issues derrières lesquelles le danger peut surgir, bifurcation qui fait hésiter quant à se séparer, ...
Et il y a cette scène vraiment cool où l'un des Américains plonge dans l'eau et ressort par un puits devant des Vietnamiens qui ne s'y attendaient pas du tout. Ca se tire dessus, ça se fait exploser la gueule, ... ce passage m'avait vraiment marqué, je m'en souviens, jusque dans la façon dont l'américain ressort après avoir déposé une grenade, et la manière dont il agitait son flingue en tous sens.

J'ai mis 5/10 sur Senscritique (j'avais mis 6 d'après mon souvenir), mais c'est quand même un bon film d'Uwe Boll. C'est plein de défauts, mais il y a de bons trucs quand même.
Je regrette quand même devoir admettre que son meilleur film reste Postal, relativement plus facile à réussir qu'un film "normal" étant donné que c'est un gros délire foutraque.
En tout cas Boll ne m'a pas encore prouvé qu'il pouvait faire un film 1er degré et vraiment bon. Je reverrai Rampage dans la semaine, j'espère que ça ne va pas trop me piquer, car j'en garde un assez bon souvenir.

EDIT :
Uwe Boll, quel gros branleur en fait, dans le making of on voit qu'ils ont commencé le tournage sans scénario ni dialogues, et le réalisateur a laissé les acteurs développer eux-mêmes leurs personnages !
Il trouve une excuse que je n'ai pas trop compris pour justifier une telle connerie. Il dit genre que dans une guerre, ce n'est pas juste les gouvernements qui sont responsables, mais chaque personne, chaque soldat, par leurs agissements.
Ca ne se tient pas vraiment comme vision des choses, mais surtout, quel rapport ?

EDIT2 : (suite au visionnage de l'interview sur le DVD)
En fait des dialogues sont improvisés !
Boll prétend que c'est mieux, dans un film intense, que des répliques apprises par coeur.
Il a déjà fait ça pour Stoic et Seed ! C'est honteux.

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