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En voilà un film étrange.

Un titre intrigant, un synopsis génial et original, une réalisation bizarroïde, voilà qui résume assez bien The Lobster (le homard pour les moins anglophones).

Par où commencer… D’abord par le cadre. The Lobster est une dystopie axée sur le couple et le célibat. Les célibataires sont priés de se mettre en couple sous peine de finir transformés en animal. Sauf qu’il vaut mieux être sincère puisque les mensonges sont punis et qu’apparemment les gens ne se mettent en couple que si ils partagent un signe distinctif. Comme dans toute dystopie (à ma connaissance), il y a un mouvement de résistance (de célibataires). Première originalité de The Lobster ; ceux-ci sont tout aussi barges et extrêmes que la société qu’ils combattent. Je rassure les non-amateurs de S-F, on a ici l’impression d’être dans un film réaliste !

Deuxième originalité, la réalisation. On accroche ou on n’accroche pas mais celle-ci est finalement parfaitement raccord avec l’univers dystopique en général, à savoir que les individus sont tellement lobotomisés par la société dans laquelle ils vivent, qu’ils ont tous l’air (au choix ou à la fois) psychopathes, handicapés relationnels et sociaux profonds avec un forte tendance à l’Asperger et dans l’acceptation totale des règles qui régissent leur vie. Quel rapport avec la réalisation ? J’y viens, merci de demander. On arrive au point qui va faire, je pense, la différence sur l’avis que les gens portent sur le film, qui a fait que plusieurs personnes sont parties de la salle et que d’autres sont restées scotchées à leur fauteuil – fort confortable.

La réalisation de Yorgos Lanthimos se ressent à la fois dans les couleurs, les décors, la musique (parfois stressante) mais c’est finalement le jeu d’acteurs qui m’a le plus frappé. Chaque réplique est dite sur un ton monocorde et une parfaite diction, les expressions faciales sont le plus souvent (tout le temps ?) figées, ce qui contribue à la froideur qui se dégage du film. Chaque personnage semble déshumanisé, au même titre que cette voix off qui décrit tout sur la première partie du film contribuant à créer une certaine distanciation.

Car c’est ce qui se dégage du film ; de la froideur et de la violence. Mais aussi de l’émotion, de la poésie et du désespoir. Que ce soit ce jeu d’acteurs assez particulier, les décors, l’intrigue elle-même ou cette musique stridente aux moments de tension, absolument tout contribue à donner au film une ambiance très spéciale. A laquelle j’ai accroché quasiment de bout en bout.

Pourquoi quasiment ? Heureux que vous demandiez. Le petit souci de The Lobster c’est qu’il peut paraître un peu long. Notamment avec des moments (sur la seconde partie du film), où on se demande où tout cela nous mène. Et c’est bien dommage parce que tout le reste est assez remarquable. Excepté peut-être ces scènes en slow motion qui durent (aussi) trop longtemps.

Le jeu d’acteurs maintenant, évidemment Rachel Weisz est talentueuse, magnifique et charismatique (mais là les mauvaises langues vont dire que je ne suis pas objectif dès que je parle de la meilleure actrice du monde). Colin Farrell trouve là un de ses meilleurs rôles, Ben Wishaw est excellent (et m’a fait bondir de 10 cms dans mon fauteuil, allez voir The Lobster pour savoir pourquoi) et surtout… j’ai apprécié Léa Seydoux. (Oooooh, c’est possible ?) Il faut dire que chacun joue dans un registre froid et assez mono-expressif ce qui est de toute façon le jeu de l’actrice. Sauf qu’ici cette froideur est complètement au service du personnage.

Glacial, magnifique et triste, The Lobster peut dérouter. Il n’empêche que le film est sans doute un des plus forts et originaux de l’année.

Et au 1er novembre 2015, tandis que The Lobster attirait 73 927 personnes dans les salles, Les nouvelles aventures d’Aladin en attiraient 709 381. Tout va bien :)

MrAmeni
7
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