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Pince sans rire

Avis sur The Lobster

Avatar HenriQuatre
Critique publiée par le

J'ai tendance à croire que l'exercice de la "dystopie ironique" (soyons fous) se doit d'être court et fulgurant, à base de saillies comiques et cyniques. Un peu à l'image du pamphlet. Et surtout, surtout, ne pas se prendre complètement au sérieux.

The Lobster commence fort. L'univers drôlatique est peint habilement (l'hésitation de Colin Farrell sur sa sexualité, le frère mort réincarné en chien, la jeune fille cachant ses saignements de nez pérpetuels, la femme sans aucune émotion...) et suffisamment intriguant pour que l'on se prenne à espérer le meilleur de cet étrange monde où les célibataires sont transformés en animal de leur choix s'ils ne parviennent pas à trouver l'amour sous 45 jours ouvrables.

Yórgos Lánthimos bâtit ainsi tranquillement son château de sable, utilisant au mieux un Colin Farrell bedonnant, parfait en quadragénaire séduisant et drôle. Et puis... Et puis c'est tout... Lorsque la révolte gronde, là où l'enfant aurait sauté gaiement sur le château, déconstruisant son oeuvre dans une jouissive autodestruction, le réalisateur choisit de nous montrer une autre facette de son monde, celui des célibataires endurcis vivants dans les bois et qui puniront toute tentative de copulation.

D'une part, ce choix entraîne un insubmersible ennui, en faisant stagner l'intrigue (qui se réduit finalement à du presque rien) dans de longues et laides scènes forestières. Léa Seydoux, très mauvaise, semble complètement ailleurs et la pauvre Rachel Weisz se voit réduite à un rôle foutraque où l'on semble lui demander de faire un peu n'importe quoi.
D'autre part, le film en devient arrogant, comme s'il voulait absolument nous montrer à quel point son idée de départ est intelligente, à savoir qu'il n'y a nulle part où s'enfuir. Quelque soit le refuge qu'il choisit, l'homme ne sera jamais libre. C'est très bien mais nul besoin de 2h (!!!) pour nous énoncer cette banalité.

Là où un réalisateur moins convaincu de son génie aurait transformé son film en chrysalide pour enfin le libérer sous la forme d'un papillon majestueux, Lánthimos ne le laisse qu'à l'état de théorème larvé.

Dommage.

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