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Avis sur The Lobster

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Bien aimé ce film , un pari original sur le thème du mensonge et du manque , qui a l’extrême bon goût de nous servir du Nick Cave à tout bout de champ. The Lobster a des petits airs de dystopie, avec cette société totalitaire et sans joie, où hommes et femmes doivent obligatoirement vivre en couple sous peine d'être transformés en animaux. Les célibataires sont pourchassés dans les forêts, comme de vulgaires sangliers. Un film donc qui pose ses règles très vite : chacun cherche sa chacune, ou gare...

Dans ce contexte, le flirt devient une question de vie ou de mort, et cette nécessité rend les sentiments totalement obsolètes. La séduction et la sincérité cèdent la place à la recherche du trait commun qui doit assurer la pérennité du couple. Celui-ci devient une sorte de construction sociale (avec enfant ajouté) complètement hors-sol et pourtant impérative. "Tomber amoureux" perd tout son sens et pourtant tout le monde ne parle que de cela. Et bien sûr, quand mensonge et faux-semblant deviennent normes, quand chacun essaye de plaire en trichant, tout se transforme en supercherie...Notre héros va par exemple essayer de sortir avec une femme indifférente, pensant qu'il est plus facile de mimer l'apathie que la passion (bien mal lui en prendra...). Puis on le suivra dans l'autre camp, celui des célibataires de la forêt, où l'impératif s'inverse: il y est interdit de tomber amoureux.

Le réalisateur prend ici plaisir à pousser les logiques jusqu'au bout, et son film se raidit dans une construction trop symétrique à mon goût... Si une société privilégie le couple absolument, une société inverse doit exister qui le honnit absolument. Le groupe "rebelle" est donc aussi sinistre que la société dont il est supposé être la libération. Bourgeois et rebelles, en plein déni, les uns de l' amour, les autres du désir, sont tous des hypocrites... D'aucuns y verront peut-être une allégorie entre consommation et renonciation, tous les deux totalitaires et tueurs de sentiments.

Bien sûr, à vouloir oblitérer quelque chose, on le fait apparaître partout. Ainsi l'amour, la rencontre de l'autre sont , à l'instar de l'affiche du film, gravés en creux dans ce film, même si tous les personnages pèchent par non-dit, et seule la fin étonnante ouvre vers un véritable acte d'amour. Faire semblant, feindre ses sentiments, ou peut-être un jour trouver le courage d’être sincère, tel est l'enjeu de cette fable dans un univers aussi oppressant que le nôtre.

C'est très kafkaïen tout cela, mais on se rappellera que Kafka riait en lisant ses textes. Car c'est ainsi que j'ai apprécié ce film personnellement : en riant souvent devant une logique poussée aux limites. Prenez ce film trop sérieusement et je crains que l'on trouve tout ceci aussi artificiel que sinistre.

J'avoue que je me suis un petit peu ennuyé sur la fin, trop prévisible, la fadeur des personnages n'arrangeant rien, il faut bien le dire... . Quitte à jouer avec des scènes à thèse et une musique décalée, j'ai le sentiment que Peter Greenaway aurait fait un meilleur travail sur ce thème et dans ce style. Les acteurs sont corrects, on retrouve Farrell , Reilly ou Weiss avec plaisir et lla photographie est froide et léchée, dans un Kerry brumeux à souhait... Je recommande , car c'est original, et très intriguant, mais bon, prudence, car si j'ai bien accroché, je crois que pour une oeuvre sur la sincérité, ce film pourrait mieux communiquer avec son public.

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