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La foi éperdue vers l'Eldorado...

Avis sur The Lost City of Z

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THE LOST CITY OF Z (17,4) (James Gray, USA, 2017, 140min) :

Cette fresque aventureuse intime retrace le destin de l’explorateur Percival Harrison Fawcett colonel britannique parti cartographier en 1906, pour le compte de la Société géographique royale d’Angleterre, les frontières entre le Brésil et la Bolivie.

Découvert au Festival de Deauville en 1994 avec son premier long métrage Little Odessa, le réalisateur américain James Gray ne cesse depuis d’embellir la pellicule de thrillers, notamment le poignant The Yards (2000) et la référence La nuit nous appartient (2007). Au fil des années son cinéma se recentre encore plus sur les drames intimes avec des thèmes obsessionnels récurrents (le déterminisme social, la famille, le destin, la soif de liberté) comme on peut l’admirer dans le bouleversant Two Lovers (2008) et The immigrant en 2013. Quatre ans plus tard changement de décor. L’auteur choisit d’adapter le roman biographique et historique : The Lost City of Z : A Tale of Deadly Obsession in the Amazon publié par le journaliste David Grann en 2009. En plongeant sa caméra au cœur de la jungle James Gray allait-t-il changer de ton par rapport à ces préoccupations psychologiques ? Rien n’est moins sûr…

La scène d’introduction vertigineuse d’une chasse à courre, rendant hommage de façon nerveuse et éclatante à Voyage au bout de l’enfer (1978) de Michael Cimino convoque d’emblée tout l’enjeu du film. Une quête éperdue et un désir ardent de s’élever socialement, de redonner honneur à un nom autrefois Sali par un père déshonorant. La mise en scène démontre très bien malgré le succès du protagoniste lors de cette chasse, que le héros n’a pas la place qu’il mérite lors de la magnifique séquence de bal et face à un miroir reflétant à l’infini son image dans l’obscurité. En quelques minutes la puissance formelle de l’image vient donner une profondeur de champ psychologique rarement atteint. Nous avons affaire à du grand cinéma !

Car le cinéma est un art, beaucoup de réalisateurs fabriquent des films mais très peu font du cinéma. Tout au long de cette épopée dont le souffle se décline aussi bien intimement qu’épiquement James Gray dévoile tout son perfectionnisme et l’exigence de sa mise en scène. La structure narrative parfois trop abrupte dans ces ellipses plonge le spectateur dans un aller-retour entre les expéditions amazoniennes ou les retours à la maison. Ces ellipses prennent leur sens pour mieux souligner tout ce que Fawcett n’a pas vécu en dehors de là où il se situe. Car pendant tout le film le héros va être tiraillé entre son obsession de trouver cette civilisation indienne inconnue et son rôle de mari et de père. Il est constamment ici mais ailleurs.

Ce dilemme accompagne même le montage du film comportant certaines maladresses frustrantes sur le passage du temps. En outre cette odyssée métaphysique offre des plans des plans somptueux, comme de véritables tableaux visuellement sidérants de beauté, grâce à la lumière irrationnelle du chef opérateur Dharius Kondji. Des cadres inspirés par les tableaux Claude Gellée véritables sources iconographiques pour les paysages et les éclairages où la caméra alterne avec des plans larges de la jungle ou plus resserré sur des gros plans de visages pour mieux sonder la psyché. Des visages filmés comme des paysages et inversement.

Une caméra tantôt élégante ou immersive aussi bien dans le foyer qu’au cœur de la jungle, déploie un 35mm convenant parfaitement au romanesque fiévreux, et à la complexité humaine donnant un grain singulier pour décliner cette obsession absolue du héros à la frontière de la folie où l’explorateur va se perdre… Une œuvre lente plongée dans la mélancolie où les rêves valsent avec les désillusions dans une richesse thématique très dense. Le metteur en scène perfectionniste structure son long métrage autour de la colonne vertébrale de la famille le noyau même du récit. A la fois une aventure humaine d’exploration entre ombres et lumières, première Guerre Mondiale (tournant du film), conflits introspectifs aussi bien qu’une magnifique histoire d’amour où le lien se renforce au fil de l’histoire dans le sacrifice de la femme. Une aventure romanesque dont le déchirant dernier plan poétique offre une conclusion absolument bouleversante dans l’art de la transmission des rêves (au fils aîné et à sa mère) et la place qu’elle occupe dans l’utopie familiale partagée. Une déclaration d’amour au pouvoir évocateur du cinéma.

Un opéra exigeant où « La Traviata » et « Cosi van tutte » sublime l’image, accompagne un travail sonore particulièrement travaillé et très sensoriel ainsi qu’une bande originale assez menaçante et sourde confectionnée par Christopher Spelman. Portant littéralement le long métrage, le convaincant Charlie Hunnam (Sons of Anarchy) excelle en nuances pour incarner le Percy Fawcett, bien secondé par le taiseux impeccable Robert Pattinson. Dans le rôle de la femme aimante et dévouée à son mari et à sa «cause» la touchante Sienna Miller.

Une petite pépite cinématographique convoquant le cinéma d’Herzog (scènes d’attaques des canots) ramenant à Aguirre, la colère de Dieu (1972), de Copolla où Apocalypse now (1979) trouve un écho formidable dans une séquence hallucinante dans le dernier tiers du film et l’esprit de David Lean, John Huston où des œuvres littéraires de Kipling (émouvante lecture du poème L’Explorateur) ou Conrad.

Venez explorer votre intime en partant à la recherche de l’inconnu au sein du remarquable The Lost City of Z. Somptueux, ambitieux, profond et vibrant.

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