Une grande jungle verte

Avis sur The Lost City of Z

Avatar Clode
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Une grande jungle verte l’accompagne partout, sagement rangée dans un petit coin de sa tête. Au milieu de la campagne de son Angleterre natale, dans le lit à côté de la femme qui élève ses enfants, au milieu des balles sur un champs de bataille Normand, il y a toujours une partie de lui dans une grande jungle verte, là-bas, dans son esprit, avec le grand ciel lumineux de ses rêves, au loin, entre les branches balayées par le vent. Avant, à la place, il y avait des médailles dorées sur de jolis costumes rouge et bleu, comme de beaux dessins colorés sur le frigidaire de la cuisine. Elles faisaient bien, là, sur sa poitrine, pendant qu’il serrait des mains importantes ou alors quand il mangeait à la table des grands du royaume après avoir dansé dans la salle de balle, avec lustres en Crystal et gros cochons grillés. C’était le futur de ses rêves. Le futur des rêves de la grande société Anglaise.

Il faut dire que c’est une jolie jungle, comme le sont toutes les jungles de nos rêves. Une belle jungle verte, avec des peuples inconnus prêts à nous accueillir et à partager leur philosophie de vie à la parfaite opposée de celle de nos sociétés. Par exemple, ici, on tue simplement le strict nécessaire, quand en Angleterre on chasse pour la reconnaissance sous le regard bienveillant d’une tête de cerf empaillée, accrochée sur le mur. Il y a aussi un grand fleuve qui serpente doucement sous un grand ciel bleu, jusque-là où personnes n’a jamais était, vers les mystères oubliés d’une civilisation disparue. Vers la cité de Z. La dernière clé de l’humanité. L’essence du moteur de ses rêves.

Au départ, pourtant, elle ne sera qu’un autre moyen d’accéder à la gloire, aux médailles, aux titres et aux courbettes poudrées. Un moyen de transformer son nom, Fawcett, en une marque reconnue et respectée, comme celui d’un grand cru Français millésimé. Mais, elle va rapidement se transformer en obsession, devenir le but de toute une vie, le moyen d’échapper à cette société britannique emprisonnée dans les valeurs poussiéreuses d’un glorieux passé comme un joli bouquet d’arbres dans un cimetière gris.

Fawcett passera alors sa vie entre l’exploration de sa grande et belle jungle verte fantasmée et les obligations protocolaires de sa vie de noble britannique. Il passera sa vie à penser à sa famille au milieu des arbres de l’Amazonie et à rêver de sa jungle avec sa civilisation oubliée une fois de retour chez lui. L’occasion pour Gray de nous présenter uns à uns, et parfois maladroitement, et souvent avec insistance, tous les problèmes de la société de l’époque, tous ses problèmes que l’on retrouve aujourd’hui encore au sein de nos jolies sociétés capitalistes.

Au cours d’une belle fin inutilement ouverte, Fawcett choisit le rêve à la réalité, la jungle à l’Angleterre, la civilisation disparue à la civilisation occidentale, avec son fils dans les bras, serré tout contre son cœur.

Dans ses rêves, il n’est pas le père absent qu’était déjà son père. Dans ses rêves, c’est un bon père. Un bon père dans une grande jungle verte perdue sous un ciel de lumière. La jungle de nos rêves.

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