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The Master par Patrick Braganti

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Malgré sa longueur et sa densité indéniable, la force apparente de son histoire, il reste à la sortie une curieuse impression que rien de ce qui a été vu ne s'est durablement gravé sur la rétine, encore moins dans le cerveau. En fait, j'éprouve toujours le même problème avec le réalisateur Paul Thomas Anderson : ses personnages souvent outranciers et mégalomanes ne m'intéressent pas et, pire encore, ne parviennent que très rarement à me tenir en haleine. La première scène suffit à percevoir le mal-être ou les névroses du marin Freddie Quell (Joaquin Phoenix en fait des tonnes, exactement comme Daniel Day-Lewis interprétant Daniel Plainview dans le calamiteux There Will Be Blood). On attend dans des scènes dilatoires la rencontre avec le Maître, le gourou joué par le toujours cabotin Philip Seymour Hoffman. Entre les deux hommes se noue une relation particulière et exclusive, faite à la fois d'un rapport filial où la protection et le chemin à suivre comptent pour beaucoup et d'une attirance presque physique, amoureuse. Mais le Maître est trop préoccupé à dispenser sa science occulte et, pour tout dire, fumeuse. Toutes les longues séances d'hypnose et d'analyse, durant lesquelles une même question est reposée cinq fois de suite, lassent parce qu'elles ne font que servir de cadre à la propagation d'un charabia abscons et creux dont on ne saisit jamais comment il peut fasciner autant le vétéran violent et alcoolique. On finit par se demander si le réalisateur de Magnolia croit lui-même à son histoire : le film semble s'accélérer, multiplier des scènes à peine ébauchées pour nous transporter soudain au milieu de nulle part pour y déterrer la caisse aux trésors ou s'y livrer à des tests grandeur nature. Ce n'est pas désagréable à regarder et ce serait mentir de prétendre qu'il n'y a pas de mise en scène mais rien ne retient vraiment l'attention. Tout est concentré sur le duo composé par Freddie et Lancaster Dodd, mais la fusion équivoque qui les aimante ne transparait jamais vraiment à l'écran sur lequel on ne finit plus par voir que les numéros virtuoses mais usants de deux comédiens brillants.

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