Le fou est un roi qui s'ignore

Avis sur The Master

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J'ai pu lire que Anderson s'était inspiré de la scientologie pour faire ce film. Soit. Je m'en fous un peu de ce genre de connexion. Du moins, pour le premier plan. Ce qui m'intéresse avant tout c'est de savoir si le film se tient en soi. Après, les liens que l'on tissera ne feront que renforcer le projet (ou le démolir davantage).

"The Master" ne m'a pas autant séduit que les précédents films du réalisateur, mais ça reste de très bonne facture. Ce qui m'a ennuyé, ce sont des petits moments en suspension, gratuits, vides. L'évolution des personnages est remarquable, et l'histoire est bien construite, mais il y a des temps mort, des passages inutiles qui déforcent le film. Il est probable qu'en raccourcissant le film, ça serait mieux passé... mais rester près de 3h en salle pour des plans inutiles à l'histoire (en terme de rythme ou de technique), c'est moins cool.

Le film est avant tout une histoire de personnages. Comme souvent chez Anderson qui tente de leur donner le plus d'autonomie possible. Ses personnages d'ailleurs, et je m'en suis aperçu grâce à "The Master", sont tous des rebuts de la société, des marginaux, des fous. L'auteur ne fait jamais que répéter le même film. Car même la thématique de soumission domination se retrouve un peu partout. Ses héros tentent de vivre libérés des autres.

C'est sans doute de là que vient le nom de ce film. "The Master" désigne bel et bien le héros interprété par Phoenix car il est certainement le seul à rester maître de sa vie. Je vais me permettre de spoiler lors de mon analyse.

Hoffman est le maître d'une secte. Dans un premier temps, Anderson le montre quasi invulnérable. Tout le monde obéit et ceux qui le contredisent passent pour des idiots. Encore que... Cette scène violente lorsque le maître se fait questionner par un sceptique, montre bien les limites du royaume. Un maître dépend de ses sujets. La deuxième partie enfonce le clou. Le maître sort son deuxième livre et déçoit nombre de ses admirateurs. Ce qui ne plaît pas au maître qui perd ses moyens (voir la scène où il hurle sur Laura Dern).

Phoenix (enfin, son personnage, mais on se comprend) est lui une sorte d'électron libre. Il fait ce qu'il veut quand il veut. Les premiers plans sur la plage annonce sa façon d'être qui n'évoluera pas d'un chouilla de tout le film. Les gens autour de lui tenteront tous de le 'dresser' d'en faire un soumis, mais personne n'y parviendra. Et cela constitue l'échec de Hoffman. Hoffman qui voit en Phoenix l'ultime nemesis, celui qu'il ne pourra jamais convertir ou affilier.

La plus belle scène du film, et qui marque bien la force de Phoenix et la faiblesse de Hoffman, c'est celle à moto. Hoffman propose un jeu : rouler tout droit jusqu'à un point désiré et ce le plus vite possible. Il ne précise jamais qu'il faut revenir. Hoffman revient. Il revient parce que partir réellement jusqu'au point cité, ce serait l'éloigner de son royaume, et qu'est-ce qu'un roi loin de son royaume? rien du tout! Le maître a besoin de retourner prêt de ses sujets pour rester maître. Quand Phoenix essaie, il... ne revient pas ! il continue sa trajectoire et disparaît durant plusieurs années. Pourquoi? Parce que lui est le vrai maître, lui ne dépend de personne, lui est réellement libre. Et ça Hoffman ne pourra jamais le digérer. Sans doute pour ça qu'il lui dira plus tard qu'ils ne peuvent pas e croiser, même dans une autre vie, sinon ils seront forcés de s’entre-tuer.

J'arrête de spoiler. Le sujet est donc bien réfléchi et très profond. Malheureusement ce n'est pas simple et Anderson n'évite pas les erreurs. Comme dit plus haut, certains passages semblent vides de tension, d'enjeux. L'histoire est racontée sur trop de longueur.

Mais c'est peut être dû à une forme audacieuse. Anderson joue dans la façon d'enchaîner les plans, il crée une véritable rythmique dans l'image et dans le son ; les deux techniques sont agencées pour une parfaite harmonie, au détriment parfois d'une narration fluide et continue. C'est peut-être raté par moment (quand on regarde sa montre) mais je préfère finalement ce parti pris couillu qu'un certain conformisme. On m'a dit récemment que Boyle était un des réal les plus audacieux du moment ; pour moi, c'est Anderson qui tente vraiment de comprendre l'engrenage des passions que déclenche le montage d'un film.

Bref, "The Master" est une belle réussite, parfois un peu foireuse, c'est vrai. J'attends avec imptience le prochain film de Anderson : Inherent Vice

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