Master & Commander

Avis sur The Master

Avatar Martin ROMERIO
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The Master comporte plusieurs clefs pour entrer dans le film : à la fois film historique, documenté et presque d'investigation sur la naissance d'un mouvement sectaire qui deviendra une véritable institution ; le film est aussi le récit picaresque d'un homme cherchant à utiliser son sexe et enfin la transposition de la relation metteur en scène / acteur.

Film concept un peu lourdingue donc ? Absolument pas !

On savait PT Anderson fasciné par les relations de fascination > influence > emprise > pouvoir que peuvent créer les hommes pour structurer notre monde (c’est peu ou prou l’essence même de « Magnolia » et de « There will be blood » en tout cas). Ici le réalisateur a réussi à structurer sa machinerie pour en faire un réel laboratoire.

Laboratoire signifie donc qu’il y a des essais, plus ou moins fructueux. Les derniers plans sont par exemple un peu en deçà du reste, certaines séquences ne fonctionnent pas sur les différents niveaux de lecture mais uniquement sur un seul… Globalement, on se retrouve tout de même face à une œuvre très intime (que se soit dans la proximité de la mise en scène ou le confinement des relations entre les personnages) et en même temps ouverte au Monde (Les voyages, la croissance du Cult, la sexualité, la guerre et l’entreprise) dans laquelle le Master, c'est celui qui dirige les êters humains qui arrievnt à sa portée pour créer un nouveau monde. Son Monde.

Pour entrer dans ce film, nous allons donc rapidement invoquer le modèle du cinéma de Minelli : le danger, c'est le rêve de l'autre.

Tout d'abord nous avons pendant plus de 2 heures et demi une prestation technique ahurissante : le jeu d'acteur surprenant de justesse, les dialogues remarquables (surtout ceux entre le Master et Freddie) et enfin une mise en scène audacieuse : on pourrait parler par exemple de l’intro, un peu comme du T.Malick en légèrement moins poseur et beaucoup moins lyrique.
Le plus beau se trouve pourtant dans certaines hardiesse, un plan fixe et intime : gros plan entre Joaquin photographe au sein d’une galerie marchande qui s’approche de son client / modèle pour lui mettre une pression malsaine en rapprochant les éclairages. Le cadre se resserre à mesure que la pression monte puis, d’un coup, l’action éclate, bagarre, profondeur de champ qui s’ouvre et travelling qui part dans la galerie. Le tout bien évidement très bien photographié.

On aura d’autres pépites ça et là : l’arrivée de Freddy dans le bateau, une errance sur les docks filmée de dos, la nuit et en gros plan. Profondeur de champ hyper précise réduite à son minimum, au fur et à mesure de la marche, le bateau illuminé du Master se rapproche et la caméra se met à tourner autour du personnage tout en effectuant des bascules de focus sur les épaules et sur le bateau. Précis et impressionnant.

Enfin, la séquence de l’exercice à moto, un modèle de photo à contrejour et de travelling motorisé. Une séquence emblématique où els corps des acteurs sont mis en danger et les enjeux du film deviennent limpides au milieu d’un décor tout à fait abstrait. C’est là que l’on prend le plus conscience de l’indépendance du comédien / disciple lorsqu’il décide de s’approprier son rôle / consigne (il quitte littéralement la séquence à moto) par rapport au metteur en scène / gourou qui lui ne pourra jamais abandonner son projet.

Et là ça devient très intéressant, car loin d’être une condamnation de la scientologie ou même de la mécanique sectaire, le film s’efforce à la fois de dévoiler les méthodes d’endoctrinement et les secrets du manipulateur ; mais en même temps, nous voyons que l’œuvre créée par Seymour Hoffman n’est rien de moins qu’un monde à part, un microcosme arrangé dont les habitants ne sont finalement pas si malheureux et le but du gourou ne semble pas être l’argent. Un film à rapprocher du « The Village » de Shyamalan ?

Le danger n'est pas le rêve en soit donc, mais bien d'être pris dans le rêve de l'autre...

PT Anderson est travaillé dans ce film par le pouvoir qu’il peut avoir sur ses comédiens (et sur ses équipes ?) : Joaquin Phoenix amaigri, tordu et atteint d’une paralysie faciale. Les physiques sont mis à l’épreuve et les comédiens sont amenés à jouer dans un même plan la détermination, la confusion, les pleurs comme autant d’épreuves qui forgent non pas une libération comme semble l’affirmer les victimes consentantes mais au contraire créée une dépendance de type Syndrome de Stockholm particulièrement fascinante.

On pensera du coup à Godard et ses réflexions sur la similarité entre le métier de comédien(ne) et de prostitué(e).

Au final, à partir du moment ou Freddy ne rentre plus dans le rôle qu’on lui assigne (c'est un homme résistant : vétéran de la guerre, rompu aux pires des alcools distillés et à une vie de défaites), aucun travail n’est plus possible avec le Master et ils deviennent par conséquent des ennemis intimes.

Dernière interrogation du gourou métamorphosé en chef d’entreprise :

« Et vous, avez-vous trouvé le moyen de ne pas travailler pour un maître ? Si c’est le cas faites le nous savoir ? »

Joli retournement, concluant le film sur une ambiguïté totale concernant la responsabilité du Master et la validité d’un projet (The Cause) de création à partir de chair humaine.

Derniers plans ; le sexe n’est peut être plus une relation de pouvoir.
PT Anderson va plancher sur de nouveaux films.

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