The Red Pill fonctionne aussi en suppo

Avis sur The Red Pill

Avatar Ji_Hem_
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Le documentaire est loin d'être parfait. Si je mets un 8, c'est simplement qu'il permet d'ouvrir des pistes de réflexions qui ne sont pas souvent entendues, mais quelque chose qui fait réfléchir et relativiser, c'est une bonne chose. Donc, voici mes quelques pistes de réflexions.

Pendant mes études de philo, j’avais un jour entendu qu’il fallait toujours voir ce que disait le camp opposé à l’autre, entendre leur discours et ne pas partir du principe que l’un a raison et que l’autre a tort mais peser le pour et le contre de chaque poids de la balance (ce qu’on appelle aussi, être Suisse). Orwell de son prénom George disait dans le Quai de Wigam ‘’Aucune cause n’est entendue tant que les diverses parties ne se sont pas pleinement exprimées’’. Ici, nous avons l’expression des MRA’s les Mens Rights Activits, en opposition, en quelque sorte, au féminisme. Si on entend en effet les cheveux bleus caqueter depuis des années, sur les plateaux télés, dans les médias, dans les magazines, dans les livres, dans les universités, sur les réseaux sociaux, il faut admettre qu’un discours du point de vue mâle n’est pas aussi fréquent dans ces endroits prestigieux. Et quand il est entendu, on s’en moque en scandant ‘’Male Tears’’, ou, pour les plus originaux, ‘’fascistes’’ ! Ce qui donne la preuve d’un cerveau étriqué incapable d’entendre un discours différent du sien.

Ici, la parole est donnée aux souffrances des hommes : droit de gardes presque exclusivement données aux femmes, sacrifices masculins, durée de vie plus courte pour les pénis, objets de productions et de succès, suicides, travaux dangereux, etc, etc. Et force est d’admettre qu’a priori, ils n’ont pas entièrement tort de se plaindre. En cela, cela me fait penser au livre Le Principe de Lucifer, de Howard Bloom (je l’ai lu il y a un moment donc je ne me souviens pas exactement du passage, à prendre avec des pincettes le temps que je le relise) lorsqu’il disait quelque chose d’analogue : au sens de l’espèce humaine, la vie d’un homme est bien moindre que celle d’une femme : 1 homme seul pourrait à lui seul repeupler la planète puisque son sperme est quasiment illimité, or une femme en serait incapable (à cause des risques qu’elle encourt lors de l’accouchement et du processus relativement long pour produire des ovules). De fait, en termes d’espèce, c’est la femme qui domine.

Mais d’un autre côté, il faut quand même relativiser la chose, jusqu’à récemment du moins, être femme n’était pas nécessairement une sinécure non plus. Et nier que les vagins ne subissent pas de harcèlements, de viols ou de violences seraient malhonnête. Ce n’est pas le discours du documentaire toutefois; ici, j’extrapole seulement la position inverse. En ce sens, cela fait écho à l’un des commentaires de la réalisatrice dont j’ignorais jusqu’alors l’existence, lorsqu’elle dit qu’en tant que femmes, elle avait un peu du mal à concevoir ces souffrances auxquelles elles n’étaient pas confrontées. Rien n'est plus humain, ça concerne tout le monde : les problèmes les plus préoccupants sont ceux auxquels on est directement confrontés, ou en tant qu’individu, ou en tant que groupe. Alors autant être attentif aux difficultés que l’on rencontre, sans oublier qu’en face, l’autre groupe/individu en a tout autant que nous.

Les problèmes que l’on attribue plus spécifiquement aux femmes, comme le viol, le harcèlement ou les violences conjugales touchent aussi, de façon tout aussi sérieuses, l’autre sexe. Par exemple, lorsque l’un des intervenant évoque sa lutte pour la garde de son gros enfant, et de l’influence néfaste de la mère de celui-ci, comment ne pas être touché par son histoire ? À un moment, un de ces affreux mâles racistes et sexistes dit quelque chose du genre ‘’nous nous sommes beaucoup intéressés à cesser les violences faites aux femmes, alors qu’on aurait dû s’intéresser à faire cesser la violence tout court’’ et il me semble que c’est quelque chose de sacrément sensé pour un oppresseur. L’idée n’étant pas de tirer la couverture de la victimisation vers soi, mais de partager chacun ses violences et de lutter ensemble. Mais c’est un des points noirs du documentaire ; même s’il défend en substance le message ci-dessus, il y a quelque chose, sans doute dans la forme, qui tend quand même à tirer la couverture vers la victimisation masculine.

Malgré cela, le documentaire permet d’ouvrir ce genre de réflexions et doit être visionné de façon sérieuse et nous faisant, à l’instar de la réalisatrice, questionner les discours qu’on entend. En cela, son visionnage est nécessaire. Les MRA’s ne sont pas dépeint ici comme de vils réactionnaires qui veulent renvoyer la femme à la cuisine, mais mettent en avant le fait que l’homme n’est pas un oppresseur naturel de la femme, ce qui est vrai. Il suffit de trouver la synthèse entre les MRA’s et le féminisme, prendre le bon dans l’un et l’autre et mettre de côté les rancœurs, et d’avancer ensemble, dans, ce qui me semble, le plus cohérent des mouvements dans la lutte des droits ; l’égalitarisme.

Chaque sexe a ses avantages et ses désavantages, qu’ils soient biologiques, naturels ou socialement construits, là importe peu ; chacun souffre d’une manière ou d’une autre. C’est peut-être ainsi que fonctionne la vie, peut-être que non et que ce sont des problèmes auxquels nous pouvons remédier. Mais pour cela, il serait peut-être temps de stopper cette course à la victimisation et d’arrêter de comparer nos bites et nos vulves pour savoir qui souffre le plus et de réfléchir à la question, comment éviter ces souffrances inutiles que l’un afflige à l’autre, si on veut être un minimum sérieux et proposer quelque chose.

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