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The Servant par Garfounkill

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(écrit en novembre 2012 au moment du festival de cinéma de Turin)

Revoir The Servant de Joseph Losey au cinéma, c’est déjà savoir où va aller le film, où va il nous emporter. Il faut lui laisser le bénéfice du doute, le mystère de la première fois. C’est une tâche terrible. La deuxième partie du film est en effet inoubliable, car elle déjoue toutes les attentes créées dans la première partie. Il faut l’oublier pour reprendre le film au départ. Se baisser, volontairement, se cacher dans le brouillard.

De la même manière que la plongée dans Turin était une plongée dans la brume. Un ciel bas, blanc, sur toute la semaine. Une pluie continue. Les Alpes, pourtant si proches, étaient invisibles. La Piazza Castello, où trônaient conjoints le logo du festival et un gigantesque calendrier de l’avant, était mon repaire. Le point de convergence des trois cinémas qui accueillaient le festival.

The Servant fonctionne comme un miroir renversé. La première partie est un état des lieux de la haute société anglaise des années 50, une critique acerbe de la soumission. La seconde partie est le miroir déformant de cette première partie : on assiste au renversement de la soumission, non pas au nom d’un idéal humaniste (voire marxiste) anticipé dans la première partie, mais au nom de l’égoïsme sexuel, de la vengeance personnelle. Le sexe, l’argent et les rapports amicaux sont mélangés dans un final inquiétant, où plus personne n’est innocent, car les vices des uns et des autres sont exhibés, assumés, et grossis à la loupe. Les personnages centraux sont à tour de rôle les pions et les rois. On n’est plus dans le crédible, on bascule dans le fantastique. Mais un fantastique angoissant, car sa complexité ne se dénoue pas en une résolution simpliste.

The Servant est davantage est un film sur la psychose, l’illusion et l’imagination que sur les rapports de force objectifs.

Le film nous quitte avec le plan d’une horloge. Peut-être que le temps résoudra les tensions nerveuses du film. Peut-être aussi que le temps ne peut rien résoudre, et que le temps n’existe pas dans la tête. Peut-être que dans la tête, tout est emmêlé et qu’il faut faire avec. Que l’on doit vivre en ayant conscience de ce que l’on pourrait être, si l’on était le contraire difforme de ce que l’on essaie d’être. Son propre serviteur, impuissant face aux pulsions primaires.

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