Asservi à Losey

Avis sur The Servant

Avatar Caine78
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Un an après une « Eva » fort bien réalisée mais m'ayant peu intéressé, Joseph Losey fait part d'un talent identique derrière la caméra tout en racontant une histoire infiniment plus captivante. Alliant une maîtrise de tous les instants à un scénario subtilement malsain signé par un Harold Pinter en forme olympique, « The Servant » livre un portrait insolent de la société anglaise sans que celle-ci ne soit ridiculisée ou humiliée gratuitement. L'étrange relation unissant l'aristocrate et son valet va bien au-delà, d'autant que son évolution, progressant vers quelque chose d'aussi dérangeant que fascinant, est toujours filmée avec une insolente élégance, certains plans illustrant admirablement le travail de Losey derrière la caméra.

Plongé dans un noir et blanc du plus bel effet, la maison apparaît également vite comme un protagoniste à part entière, que l'on finit par connaître par cœur, confortée par la fluidité avec laquelle chaque scène y est tournée, parfois de façon vertigineuse, notamment à travers l'utilisation des escaliers ou encore lorsque

la vérité explose au visage de James Fox et Sarah Miles (tous deux très bons), hallucinant moment.

Un film de sensations, étrange et beau jusqu'au point de non-retour, pensée de façon millimétrée, inévitablement moins scandaleux qu'à sa sortie, mais toujours aussi remarquable dans son regard sur les rapports humains, livrant une subtile analyse sur la « lutte des classes » et la domination, l'emprise

que peut insidieusement exercer un être (en l'occurrence Dirk Bogarde, magistral) sur un autre, sans même que ce dernier n'en soit réellement responsable ou ne s'en rende compte lorsqu'il est encore temps...

Une œuvre complexe, profondément troublante : le cinéma anglais (ici par un réalisateur américain!) à son meilleur.

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