Si l'icone valet…

Avis sur The Servant

Avatar guyness
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… parait, alors on est désemparé.

Amusant comme le plus souvent nous aimons, détestons ou avons de l'indifférence pour les acteurs (et actrices) pour des raisons qui nous dépassent. On essaie en permanence de rationaliser tout ça avec une conviction qui nous rend désarmants de maladresse. On se cache derrière le jeu supposé mauvais des uns (comme s'il s'agissait d'une donnée immuable quelque soit le moment d'une carrière ou le film), le manque de charisme des autres ou encore le côté cabotineurs des derniers.
Bien entendu, c'est parfois vrai. Mais difficile de se convaincre que tant de gens puissent faire une longue carrière alors que nous sommes les seuls à voir leurs évidents défauts.

Non, si on arrête de se la raconter, la plupart du temps, on aime pas Bob, Joe ou Jack tout simplement à cause de sa gueule.
C'était un peu mon cas pour Dirk Bogarde. Je sais pas pourquoi, mais l'idée de me le coltiner pendant deux heures a longtemps freiné mon envie de voir ce film intriguant par bien des aspects. Cet à priori était en l'occurrence d'autant plus ridicule que c'est bien par la grâce absolue du bonhomme que le film existe encore dans nos mémoires.

Dans cette perspective, les trois premières minutes éclairent le film de la lumière la plus révélatrice.
On découvre un Dirk, en bourgeois falot, arpenter mollement les rues. Et immédiatement, la crainte pointe. Mais dès qu'il pénètre dans l'intérieur d'une maison où tout est à refaire, le jeu de rôle, où rien n'est à la place où on l'attend, se met en place. Tony le blondinet avachi (formidable premier rôle pour James Fox) est le maître, Hugo (Dirk, donc) qui le toise de toute sa hauteur, est le valet cherchant un emploi. Magistral.

L'incongruité absolue que constitue la présence d'un homme à tout faire dans l'Angleterre des années 60 est immédiatement évidente, et l'impossibilité de réels rapport entre les deux protagonistes plonge le récit dans une atmosphère de malaise qui ne fera que grandir au fil des minutes.

Le noir et blanc impeccable et les cadrages classieux de Losey servent le propos avec l'évidence la plus insolente, et aucun des thèmes -inceste (?), rapport de classe, réalité des êtres- n'échappe à ce traitement magistral, rendant ce film évident et indispensable, surtout si, comme moi, vous n'aimiez pas Borgarde.

Don't bogarde that joint, my friend.

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