Une fontaine de jouvence frelatée

Avis sur The Smell of Us

Avatar Moonki
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Le dernier film de Larry Clark est intriguant, pour la principale raison qu'il a été tourné à Paris avec des jeunes acteurs amateurs et français. Déjà, l'effort est louable, même si l'exercice n'a pas fait que des heureux par le passé (https://www.youtube.com/watch?v=t5zLDny56Gs). Intriguant aussi à en juger par sa bande annonce, qui laisse comprendre que Larry Clark n'a décidément pas abandonner sa fascination pour les jeunes garçons et qu'il en rajoute même une couche, ce qui donne du grain à moudre à ceux qui pensent qu'il n'est qu'un sombre dégueulasse. Pourtant, force est de constater que le personnage est capable, quand il le veut, d'être un des metteurs en scène les plus foudroyants de sa "génération".

L'histoire suit le parcours de plusieurs personnages mais de façon assez décousue. Il y a Math et JP, deux gars d'environ 14 ans, qui se prostituent auprès d'hommes pour se faire de l'argent "facilement" et se payer des fringues et de la coke. Guillaume et Minh ont la même idée, mais se font plus une spécialité des vieilles femmes. La journée, ils traînent ensemble avec leur groupe au palais de Tokyo, à faire du skate et fumer des joints, sous le regard de Toff, toujours à filmer leurs méfaits, et de Diane. Cette vie inconsciente et dissolue masque mal un malaise qui n'arrive pas à trouver son nom. Ce n'est sûrement pas les adultes - des parents à la ramasse ou des clients lubriques - qui pourront les aider.
En terme de style et dans la filmographie de Larry Clark, on peut situer The smell of us clairement du côté de Wassup Rockers, avec un développement du récit plutôt anarchique où les séquences s'enchainent sans forcément de lien, surtout pour planter une ambiance et créer une attitude avant de faire émerger une histoire. De ce fait le film n'est pas spécialement long (une heure et demi) mais est pourtant assez lourd et trainant.
The smell of us divise. D'un côté il semble pendant un certains temps ne pas aller bien loin et se délecter vainement de la dévotion un peu effrayante de ses jeunes acteurs. Par manque de construction, les personnages sont envoyés à la va vite et certaines répliques paraissent fausses ou ridicules. En fait, le film semble plus intéressé par ce qu'il a réuni au moment du tournage et qu'il tente de montrer authentiquement (des jeunes qui sniffent, skatent et baisent), que par ce qu'il a réellement à raconter (une histoire finalement assez classique de déchéance). Le film pourrait être une mise en abyme de la fascination vampirique de Clark envers ses jeunes modèles. Il joue même plusieurs rôles dans le film, dont un client lécheur de pied absolument horripilant. Toff, le jeune filmeur du film, peut être vu comme son alter ego.
Par cette petite mise en abyme, le film arrive à communiquer un trouble certains et authentique. La richesse suffisante et prétentieuse du milieu artistique (présent au travers des tableaux des luxueuses chambres de passe, des défilés arty, des cocktails de vernissage et des appartements décorées) côtoie l'apparente décrépitude des clodos et des bohèmes, amis des skateurs. Clark connaît bien ces deux milieux. Le film évoque au final un vide fatal et dangereux. Un peu comme une espèce de chaine alimentaire perverse, le plus gros mange le plus petit (les vieux se font les jeunes, l'art -où le marché culturel qu'il en est fait- se nourrit de la vie). L'odeur de la chair fraîche appâte le rôdeur. Pourtant, cette chair ne serait-elle pas nourrie d'un énorme vide où l'on s'emmerde? The smell of us, de par sa forme décousue et ses intuitions voyeuses, serait une sorte d'Orobouros du vide et de l'angoisse, dont la jeunesse serait la réponse la plus attrayante et trompeuse.
C'est peut-être une interprétation vaseuse du film. A chacun de trouver ce qu'il pense de tout ça.

Plus concrètement, on peut dire que certains des acteurs jouent bien, parfois bien mieux que dans la plupart des films français même (je pense à la scène entre Math et sa mère, sans doute la plus réussie du film). La conclusion du parcours de JP est aussi un grand moment, et rappelle que Larry Clark, entre deux tentatives arty, est avant tout ce réalisateur d'une efficacité extrême lorsqu'il s'agit de raconter une histoire au plus près des personnages.

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