Sex & Drugs & Skateboard

Avis sur The Smell of Us

Avatar Japet
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Jusqu’à The Smell of Us, je ne connaissais pas Larry Clark. Pourtant, les esthètes autoproclamés (ou pseudo-esthètes, le préfixe pseudo tendant à se généraliser) en parlaient sans retenue autour d’eux ; de quoi frustrer les quelques curieux non citadins, contraints d’attendre le streaming de mauvaise qualité. Décidé, je me suis mis à regarder ce film un vendredi soir. Mon choix ayant été, sans nul doute, déterminé par une fatigue accumulée qui avait fini par ravager ma (pauvre) conscience.

Le film commence, et là, Larry Clark nous envoie, en une image, dans cet univers du skateboard. L’intrigue débute à deux pas du Trocadéro, au Palais de Tokyo, musée où le réalisateur-photographe avait consacré une exposition sur le même thème.
Le début du film est chaotique. On découvre ces garçons et ces filles qui agrémentent la toile de Clark pendant moins d’une heure trente, le haut du corps nu, un joint aux lèvres, tatouages aux bras. Il s’agit ici de la traduction littérale du titre du film. Sauf que si les corps ont une odeur, ils sont aussi, à l’image, répugnants. Sans même citer la scène du fétichiste qui a (sans surprise) déplue une bonne partie des spectateurs, la caméra cherche à filmer une certaine réalité des choses, sans même les suggérer, sans détournement, mais simplement en les montrant. Ainsi, avec Larry Clark, tout ne marche qu’avec les poils pubiens, il ne sait montrer par l’image autre chose que la chair des corps de ses acteurs. Le sujet de son film tourne évidemment autour de la prostitution ; mais quel est l'intérêt d'un tel film qui ne montre que la chute d’une bande de skaters, après coucheries avec pères et mères ?

On en vient à des scènes répétitives à la limite du sempiternel. Le réalisateur, pour masquer l'insuffisance de son film, a souhaité apporter une certaine profondeur à ses personnages. Relations ambiguës entre jeunes, jeux de séduction, attirance du gain facile, conflits ados et parents, et jusqu’au suicide. Une profondeur qui pourtant ne saurait être visible en surface à l’oeil nu. Si le film est lent, sans rythme et sans cohérence, l’arrivée de Dominique Frot marque un tournant dans le film. Ou plutôt un véritable effondrement (on préférera Catherine, dont le corps doit être bien plus ravissant).

On se douterait presque que l’ensemble du film ait été filmé par le jeune garçon armé de son iPhone. Les défauts du film ne viennent pas de ses acteurs, loin s’en faut. Les défauts viennent selon moi du seul réalisateur, de la vision qu’il souhaite imposer à son spectateur. Reconnaissons ici la pauvreté du film, sans même contester le (certain) talent de Larry Clark, notamment pour Kids en 1995 (film que je n’ai par ailleurs pas visionné, mais dont le véritable sens cinématographique est visiblement attesté).

En ayant vu ce film, et en me renseignant davantage sur le bonhomme qu’est Larry Clark, je pense — et ce avec sincérité — que Clark est véritablement le déglingué qu’il présente à travers ses deux personnages. Un film, somme toute, sans grand intérêt.

(Allez, la voiture brûlée à la fin par la même bande de jeunes viendrait symboliser la propre destruction de leurs corps ? Je crois que non, c’est trop en attendre de The Smell of Us. Et puis finalement, chercher des possibles allégories à tout bout de champ dans ce qui est mauvais, c’est assez pénible.)

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