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Avis sur The Square

Avatar Salamanda
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ATTENTION SPOILS Voici un film qui ne prend pas qu'un seul parti ! Ici nous n'accusons pas l'art contemporain mais ce que la mauvaise communication et le marketing intensif en font. Cette société malade est une meute qui se jette griffes en avant sur le premier qui attire trop l'attention, phénomène remarquablement illustré dans la fameuse scène de "l'homme-singe". Cette scène présente au début au téléspectateur une énième performance artistique, réservée à une élite hypocrite qui finance ce qu'elle fait semblant de comprendre, jusqu'à ce que l'artiste dépasse les bornes et s'en prenne violemment aux convives, captant soudainement notre attention, nous privant de repères. Le spectateur est piégé, à la fois avec les convives et à la fois dans sa propre soif d'action. S'agit-il toujours d'une performance ou est-ce un réelle prise d'otage ? Östlund ne nous donne pas de réponse (comme quand la Tesla percute "quelque-chose" ou que le gamin tombe dans l'escalier). A-t-on atteint les limites de la censure, c'est-à-dire les limites de l'art ? Jusqu'où "l'homme-singe" pourra-t-il aller avant que l'opinion publique se décide à l'arrêter ? Claes Bang n'a plus rien à dire lors de la scène de la conférence de presse, condamné avant même d'avoir pu parler. La vidéo promotionnelle qu'il n'a même pas vue est trop choquante mais la supprimer est condamné d'auto-censure. Le paradoxe est clair, l'hypocrisie d'une société qui s'ennuie d'elle-même, en recherche de sensation forte MAIS pas trop !

L'utopie de Christian, à première vue d'une naïveté ridicule, incarnée par l'oeuvre "The Square", cliché d'un art suffisant et surévalué, est en fait plutôt louable. Tout au long du film, Christian entreprend un combat contre lui-même et de scène en scène, remet tout son univers en question jusqu'à finalement faire le pas vers ce qui lui fait peur : "les autres". Il va jusqu'à demander de l'aide à un mendiant lorsque tous les autres passants l'ignorent. Il fait de ce SDF, contrairement aux passants, un être humain en qui il peut faire confiance, piégeant encore une fois les spectateurs, ici dans une angoisse injustifiée (comme lors de la distribution des lettres dans l'immeuble).

Le film ne se positionne pas dans un camp, il ne fait qu'exposer une réalité invisible, celle de l'auto-censure collective d'un monde où détracteur et amateur d'art ferment les yeux sur ce qui leur fait peur, n'osent jamais faire le pas, rejetant leur propre culpabilité sur ce qu'il ne comprennent pas.
Bref, une bonne idée !

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